LUTTE OU ACCORD POL'R L.~ YIE? 131 damner, l'empire du fort sur le faible. La même nécessité de la bataille pour l'existence était aux yeux de Malthus la conséquence d'une disproportion entre la fécondité des êtres vivants et la fécondité du milieu. « La nature a répandu d'une main libérale les germes de la vie dans les deux règnes, mais elle a été économe de place et d'aliments. « Sans cette réserve, en quelques milliers d'années, des milliers de mondes auraient été fécondés par la terre seule; mais une nécessité impérieuse réprime cette population luxuriante, et l'homme est soumis à cette loi comme tous les êtres vivants. Le défaut de place et de nourriture fait périr, dans les deux règnes, ce qui nait au-delà des limites assignées à chaque espèce. De plus, les animaux sont réciproquement la proie les uns des autres. » Malthus fait des calculs analogues à ceux que nous citerons plus loin. J. de Maistre avait écrit aussi : ,< Dans chaque gra.nde division de l'espèce animale, la nature a choisi un certain nombre d'animaux qu'elle a chargés de dévorer les autres. Il y a des insectes de proie, des oiseaux de proie, des poissons de proie, des quadrupèdes de proie. Il n'y a pas un instant de la journée où l'être vivant ne soit dévoré par un autre. Au-dessus de ces nombreuses races d'animaux est placé l'homme, dont la main destructive n'épargne rien de ce qui vit. li tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour se parer, il tue pour attaquer, il tue pour se défendre, il tue pour s'instruire, il tue pour s'amuser, il tue pour tuer. Roi superbe et terrible, il a besoin de tout, et rien ne lui résiste. Cependant quel être extermine celui qui les extermine tous? Lui. C'est l'homme qui est chargé d'égorger l'homme. » (Cité par O. Barot, Lettres sur la pbil. de l'bist., p. 11-12). Cette même loi avait été également signalée par des naturalistes comme Candoth l'ainé, Naudin, Lyell, Herbert, etc. H. Spencer (Social Statics, ch. xxv et xxvm). étudiant l'influence de la philanthropie sur le mouvement de la population, avait fait voir, dès 1850, comment la concurrence vitale peut produire, par voie de sélection et d'élimination, tantôt le progrès, tantôt la décadence d'une espèce. Il reconnait d'ailleurs (111/rod. à la science sociale, page 371, note), qu'il n'avait pas aperçu, comme Darwin, le fait capital de la divergence par rapport au type primitif, qui résulte de la sélection naturelle et qui produit la variation des espèces. Au reste, Darwin luimême déclare que d'autres avant lui avaient reconnu l'action de la -concurrence vitale, mais sans en voir toute la porlée et tous les effets. Et en réalité, il a le mfrite d'avoir Je premier mis en pleine lumière cette loi naturelle. Darwin n'entendait pas considérer cette loi biologique comme la loi fondamentale des sociétés et des relations sociales. Des disciples l'ont entendue ainsi et des œuvres littéraires mal interprétées sont venues à l'appui de cette façon de la comprendre. Que faut-il penser de cette interprétation sociologique de la théorie de Darwin?
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