La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

130 LA REVUE SOCIALISTE rapports, dit Hœckel (Créai. nat., p. 116), heureusement choisie. On aurait pu dire plus exactement : lutte pour satisfaire les nécessités de l'existence. On ne se serait pas exposé de la sorte à comprendre sous la dénomination de lu/le pour l'existence nombre de conditions qui ne s'y rapportent pas. Darwin fait remarquer (Orig. des csp., p. 68-69), qu'il emploie l'expression de lutte pour l'existence dans un sens général et métaphorique, c'est-à-dire pour désigner les relations mutuelles de dépendance des êtres organisés, soit au point de vue de la conservation de l'individu, soit au point de vue de son aptitude à laisser des descendants. En d'autres termes, la lutte pour l'existence ne présente pas toujours les caractères d'un combat acharné où chacun dispute violemment sa part d'aliment ou d'espace. Une plante, au bord d'un désert, lutte pour l'existence contre la sécheresse. Un végétal, qui produit par an un million de graines sur lesquelles une seule en moyenne parvient à se développer et à mùrir, lutte avec les plantes de la même espece ou d'espèces différentes qui couvrent déjà le sol. De même deux animaux carnivores, en temps de famine, luttent l'un contre l'autre à qui se procurera les aliments nécessaires à la vie. Dans la pensée de Darwin, la lutte pour l'existence est une des causes de !"origine des espèces. A la doctrine de la création et de la fixité des types, le naturaliste anglais substitue une théorie nouvelle qui complète en un sens, tout en l'interprétant mal dans l'autre, la philosophie zoologique de Lamarck et de G. Saint-Hilaire. Sans nier l'influence du milieu, c'est-à-dire de toutes les circonstances au sein desquelles se forme, nait, vit et se propage l'être vivant, il accorde un rôle autrement important à la sélection que la nature, à l'instar de l'homme, opère entre les êtres. Cette sélection est un effet nécessaire de la concurrence vitale qui résulte à son tour d'une multiplication trop rapide des individus existants. Dans cette hypothèse, l'univers est un vaste champ de bataille où des combattants trop nombreux livrent d'incessantes luttes pour conquérir la subsistance et l'espace. Darwin ne signalait pas un fait nouveau ou qui frappait pour la première fois la pensée humaine. Les plus vieilles légendes mythologiques, les épopées des temps les plus reculés ne chantent le plus souvent que les combats de l'homme contre la nature, les monstres, les dieux même. Les découvertes de la paléontologie expliquent en un sens les exploits fabuleux d'un Hercule, d'un Bellérophon, d'un Thésée, et font mentir le rêve d'un ancien àge d'or cher à certaines religior.s, à quelques philosophes et à quelques poètes, épris de paradis perdus, d'Atlantides englouties dans les flots. Hobbes avait dit aussi qu'à l'état de nature l'homme est un loup pour l'homme, et que la guerre de tous contre tous est, en dehors d'une société contractuelle, une fatalité incessante et inéluctable. Helvétius avait de même signalé, pour le con-

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