La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

SOUTEXEl'RS El' SOl TE:-.t·s ï qui la vendent écrite, parlée. en maximes. en a.:tions ou en discours. â l'heure ou à la course. se dilatent dt.: joie. On <lit mème que sous la voùte de la cathédrale d'Aix l'encens a fumé en votre honneur. Donc plus de prostituées : Il en reste bien par-ci par-la quelquesunes, ne serait-ce que dans le grand monde. Mais c'est une quantile négligeable. Au milieu de la satisla..:tion géncirale, voilà que les Socialistes. mordus <le l'ordinaire mauvaise foi des opposants, racontent en ricanant qu'il vient de \'Ous arriver un tas d'histoires invraisemblables : Les jeunes gens qui affluent à Paris ne se marient. comme par le passé, que vers la trentaine, quand ils se marient. Les étudiants attendent pour y songer la fin de leurs études et une clientèle (car on associe non les personnes mais les situations), les fon..:tionnaires soupirent après l'avancement, les employés <lecommerce rcvent une aisance qui fuit toujours devant eux,les négociants veulent fortune faite ou en voie <lese faire. A tous ces célibataires forcés se joignent les soldats qui ont toujours à dépenser d'inépuisables trésors de tendresse. Pour de nombreux ouvriers, la peur <lu lendemain, l'intermittence <lu travail. les chômages poignants pros..:ri,·ent toute famille. Tous ceux que l'égoisme enferme en eux-mêmes, ceux que la misère courbe, ceux que la fureur d'arriver cra,·ache et cingle, tous sont brusquement privés de la compagne à prix-fixe dont ils ont besoin de temps à autre. Il en résulte chez tous ces jeunes hommes une surexcitation accrue par la continence. A Paris, trois cents mille hommes se trouvent dans la situation si bien d.:crite par Aristophane dans l:1•sislra/11. Et, déplorable conséquence, la famille sacro-sainte est ébranlée par l'explosion <les appétits physiologiques trop longtemps comprimés. Les jeunes filles <le la haute bourgeoisie s'en laissent conter par ces affamés, la .:hasteté d..- celles t1·entre elles qui sont chastes n'étant possible que par la prostitution <l'une foule <lemalheureuses. Votre respectable épouse elle-même, Monsieur Prudhomme. après vingt ans d'épicerie austère n'est pas restée complètement insensible. Si la prostitution est abolie, l'Amour libre se répand. Les contrats n'y peuvent rien. et les notaires non plus : - Cn souffle de libertinage effronté se répand dans toutes les conditions sociales. Personne ne tient plus compte du rang, de la fortune, des dignités, <le la position, mais seulement des qualités personnelles. 0 scandale ! de riches et respectables vieillards ne trouvent plus, comme avant, la fraicheur et la jeunesse des filles pauvres à souiller par le mariage ou autrement. Dans ce débordement de sensualité ceux qui se plaisent et qui s'aiment, se prennent librement. L'amour seul, l'amour insolent, règne, triomphe et s'ébat. Les dernières nouvelles annoncent l'infortune d'un vénérable sénateur làché par sa jeune épouse ayant « la folie en tête "· - Un décoré de Wilson vient d'avoir le même sort. - On ne respecte décidément plus

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