8 L,\ RE\TE SOCIALISTE rien. - Semblable à ces villes d'Italie dont parle Fouquier (1). dans lesquelles la prostitution est inconnue mais où les mœurs sont trèslibres. Paris lui aussi est livré au petit Dieu Eros, qui, par un étrange renversement de toute régie honnête, gouverne seul les rapports des sexes, tandis qu'avant la profonde démoralisation dont vous êtes responsables, messieurs les ministres, l'Argent, le divin Argent, cœur, âme, conscience de la société capitaliste, présidait souverainement à cet ordre de relations. La Famille est menacée, la propriété ne l'est pas moins. Les soixante mille prostituées qui exercent à Paris se sont jetées sur les ateliers pour obtenir du travail.Avant cette invasion,les femmes gagnaient à Paris environ 2 francs par jour (2); mais les nouvelles converties, dans leur rage de vertu, ont offert de travailler à moitié prix et ont chassé les ouvrières libres. Le salaire journalier a baissé à I franc. Bonne affaire pour les patrons qui ont doublé leurs bénéfices. Mais les malheureuses qu'on a supplantées meurent de faim et de désespoir. Elles font appel à la charité publique et privée. L'administration de I'Assistance publique a épuisé son budget à les secourir. Le million que le Conseil Municipal de Paris a voté dans un élan de sympathie, vient d'être absorbé. Tombolas, représentations de Gala, kermesses sont organisées. La presse, toujours généreuse, distribue l'argent des autres. Il faut 50,000 fr. par jour. La mendicité surgit de tous les pavés. Les rues et les carrefours sont encombrés chaque soir de bandes affamées qui implorent un peu de pain de la pitié du passant. On a voulu organiser des ateliers nationaux de couture pour la confection des vêtements de la troupe. Mais il a fallu les fermer devant les protestations des entrepreneurs et de leur personnel. Cette misère navrante s'accroit encore de ce que les soixante mille ouvrières en place qui travaillent pour un franc par jour, ne peuvent avec une si faible rétribution subvenir â leurs besoins ; elles réclament, assiègent les mairies. - D'autre part, les logeurs ne sont pas payés : La consommation d'une foule de produits ayant baissé de moitié dans les quartiers pauvres, les petits négociants inquiets ne vendent presque plus et se voient menacés de la faillite. Tous ces mécontents s'agitent. Une fermentation malsaine, entretenue par les menées révolutionnaires, s'empare de la masse. Plusieurs boulangeries ont été pillées à Clignancourt. - Un ministre reconnu par la foule a été h11é... Il soufTie un vent de Révolution. Ce qui aggrave la situation c'est que les hommes s'en mêlent. Les quarante mille souteneurs si miraculeusement ramenés à la vertu (l) Figaro du 2 Novembre 1891. (2) M. Jules Simon Jans son ouvrage: l'011t 1r1trt, prouve trcs bien qu·avcc 2 fr. par jour une femme est dans l'impossibilité de vivre à Pari:,.
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