La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LA RE\"UE SOCIALISTE L'intention des anto11rs dn code, en éLablissant cette classification, semble avoir été do les mettre autant que }lOSsiblodans l'ordre do leur gravité, tout an moins de l'importance qu'ils y attachaient. Los crimes contre l'Eglise et l'Etat (1) tiennent, en conséquence, la première place. Los crimes qui affectent seulement la vie, la liberté ou l'honneur des particuliers viennent on dernier lieu. En outre, les c1·imes dont peuvent avoir à souffrir l'Eglise et l'Etat prennent une place hors do toute proportion. Toutes les lois contenues dans les sept premiers titres, et la plupart de celles contenues dans le huitième et le neuvième concernent presque uniquement la prospérité de l'organisme politiqne. Elles ont pour but do sauvegarder son existen~e, de confirmer sa suprématie, do resserrer son action. Toute action susceptible d'une façon ou do l'autre, de nuire à l'Etat ou d'affaiblir le pouvoir des autorités législatives est considérée comme un crime et punie avec une sévérité extrême, ~inon barbare. Quelques citations le prouveront surabondamment. Le premier titre important du code pénal russe est celui qui vise les crimes cootrn la religion. La sévérité avec laquelle ces crimes sont pnnis donne un frappant exemple de l'importance que l'Etat attache à la prospérité do l'Eglise. Lo premier article indiqne assez exactement l'esprit dn titre entier. Il est conçu comme suit: « ART. li6. - Quiconque aura, avec préméditation et publiquement, dans une église, blasph(·mé Dieu en trois personnes, ou notre très pul'e Reine, la mère de Dion, la toujours Vierge !\larie, sur la croix adorable du Seigneur Dieu notre Sauveur Jésus-Christ, ou les puissances incorporelles du Ciel, ou les SainLs et leurs images, sera privé de ses droits civils, exilé pour la vie et condamné à 12 ans au moins, et 15 ans au plu;:;de servitude pénale. Si cc crime n'est pas commis dans une église, mais sur une place publique, en présence de plusieurs personnes, si peu nombreuses soient-elles, le blasphémateur sera privé de ses droits ci vils, exilé pour la Yie et condamné à ô ans au moins et 8 ans au plus de servitude pénale. n ' (1) J'emploie les mots <l'Eglise et d'Etat dans un sens trcs restreint, pour signitier respecti,·ement la hiérarchie sacerdotal<! et la bureaucratie administrative. li est impossible de parler Je l'Eglise comme d'une réunion de croyants dans un pays où elle est imposée pat· l'emprisonnement et l'exil. Il est également impossible de rompreudre le peuple dans le terme Etat puisque toute teutatire pour prendre part à la vie politique du pays est punie de servitude pénale. G. K.

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