752 LA REVUE SOCIALISTE Cinquième leçon. - Le Positivisme et l'Economie politique. C'est le citoyen Keufer, secrétaire de h. Fédération des Travailleurs du Liv1·e, un des membres les plus instruits et les plus estimés du Cercle des Prolétai1·es positivistes, qui a fait la 5me leçon du cours sui· les Théories économiques du Socialisme contemporain. Avouons que dans un milieu ne comprenant en grande majorité que des collectivistes, des communistes et des matérialistes, la tàche était lourde. Le citoyen Keufer, grâce à la courtoisie de son argumentation et aux nombreux points de contact qu'offre le positivisme et le collectivisme expérimental en matière de critique de l'égoïsme bourgeois, s'est cependant très bien acquitté de cette tàche. L'un des côtés les plus imµortants de l'œuvre sociologique d'Augustc Comte, le fondateur de la Philosophie positive, réside surtout dans son argumentation contre les économistes. Comte rend hommage à l'utilité qu'eurent, en leur temps, les t1·avaux d'Adam Smith, Turgot, Quesnay qui, à un monde étouffé sous les entl'avcs de l'ancien régime, apportaient les idées de liberté du travail. Le grand tort de leurs disciples fut de se contenter d'observer les phénomènes industriels, d'en établir une cla-,siflcation hiérarchique, au lieu de chercher aussi les mesures desiinées à atténuer leurs funestes tendances sui· le monde des prolétaires. Le paupérisme issu de la libe1·té illimitée du travail constitue la trame de la question sociale. Les prolétai1·es sont pour ainsi dire campés dans la société ca1,italistc. Leurs relations avec la bourgeoisie ne sont en aucune rnanière l'(iglécs par un excmblc de devoirs sociaux réciproques. Le pl'Olétaire n'a con1111perincipe de conduite que l'incertaine et insurTisante rétribution que lui otfrc le régime vicieux du salariat. Il en résulte pou1· lui une altération manifeste de sa dignité d'homme. Tl est contraint de passer sous les fourches caudines de la bourgeoisie dirigeante et possédante quand bien mème ses sentiments mornux se révoltent. C'est pa1· conséquent la prostitution de l'activité humaine. Selon les positivistes, le remède est dans l'incorporation du prolétariat à la société et dans la disparition du préjugé qui consiste à assimiler le travail à une simple marchandise soumise aux oscillations du marché économique a,1 mème titre que le fer, le bois, les aliments. Les bases du positivisme en matière d'emploi des l'ichcsses reposent sui· les lois suivantes formul.!es pa1· Aug. Comte. l'" Loi. - La richesse sociale dans sa source et dans sa destination doit recevoir néanmoins une appropnation personnelle pour être employée avec indépendance au service de l'humanité. 2~, Loi. - l.jC revenu du capital doit être affedé au développement des agents qui le produisent et des instruments nécessaires; la part prélevée par le possesseur pour son entretien particulier étant réglée avec la plus sage économie. Jm, Loi. - La possession de la richesse étant une fonrtion sociale doit être transmise d'après le principe de l'hérédité socioci·atique; chaque possesseu1· du capital pouvant et devant instituer lui-même pour son successeur celui qu'il aura reconnu comme étant le plus cligne de remplir ces fonctions. Au cas, où un chef d'industrie ferait un emploi des richesses dont il est le dépositaire, contrairement à ces lois, le positivisme admet l"cxp1·opriation pour cam,e d'utilité sociale. Il apporte ainsi un frein aux abus de l'individualisme tel que l'admettent les économistes orthoxes. Enfin à côté de l'émancipation de l'homme, le positivisme poursuit celle de la femme. Il veut également rendre l'instruction scientifique· accessible à tous pou1· abouti1:, selon l'expression de Diderot, à une société organisée sans dieux ni rois.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==