MOUVE~!ENT SOCIAL E:'f FRANCE ET A L'ÉTRANGER 751 -dessus. Dans le~ pays le plus catholiques de l'Amérique, l'esclavage des noirs n'a disparu qu'il y a peu d'années - au Brésil notamment il y trois ou ,quatre ans seulement - devant les protestations de l'Europe civilisée. Cela suffit pour prouver aux ouvriers que le clévouement des socialistes chrétiens - genre Chagot - à l'amélioration de leur sort, n'est pas plus sérieux que -celui des socialistes ministériels - genr;; Constans ou Jules Roche. Les uns et les autres font de la philanthropie avec l'argent de l'ouvrier. Les compt~s-rendus suivants ont été également publiés -dans le P1~olétai1·e, sous la signature du citoyen Galiment: Quatrième leçon. - La question sociale et le travail de la terre. La question sociale dans les campagnes a malheureusement été laissée un peu de côté jusqu'ici, en France, par les théoriciens du sociafü,me scientifique qui ont étudié surtout dans les villes la question ù'une meilleure organisation de l'industrie et du commerce. C'est sui· cet oubli qu'a insisté le -citoyen Fernand Maurice, ancien 1-édacteur de la revue la Terre aux Paysans, dans la quatrième leçon du cours sur les théo1·ies économiques du .socialisme contemporain. Avant toute autre considération, dit-il, l'homme doit se nomTir. Or, l'agriculture seule a mission de nounir l'ètre humain ; de plus, comme le travail n'a finalement d'autre but que de pourvoi.- d'abord à la subsistance de l'individu, l'agriculture offre l'important avantage de transfo1-mer immédiatement le travail en aliments de première nécessité. li n'en est pas de mème de l'industrie et du commerce. Le travailleur, le salarié de l'industrie et du comœerce ne 1·eçoit pour son labeur qu'un salai1·e en argent, salaire qu'il doit ér-hanger contre des produits de l'agriculture. L'agriculture est par -conséquent indispensable au fonctionnement de l'inclust1·ie et du commerce des villes. La civilisation capitaliste a commis en ce siècle une grosse erreur en portant les efforts de l'activité humaine SUJ' l'industrie et en abandonnant la -culture du sol. L'ind11strie exagère sa valeur sociale. La machine a nécessité l'usine, l'usine a tué le métier, supprimé la vie de famille. L'usine s'est entou1·ée de fortes agglomérations humaines ne vivant que pa1·elle. La population rurale a été le grand réservoir où l'usine a puiséjusqu'à l'abus ses prolétaires puisque. en cinquante ans, le cinquième des habitants des campagnes a émigré à la vilh!. En ce moment nos villes 1·egorgent d'ouvrie!'s en chômage. Il en arrive cependant enco1·edes campagnes. Cc phénomène démographique est un puissant agent de dépopulation et de criminalité. L'industrie agricole est restée stationm.ire chez nous. Où l'on récoltait, il y a cinquante ans, 10 à 15 hectolitres de blé à l'hectare, on n'en obtient actuellement pas beaucoup plus de 10 à 13 hectolit1·es. Par contre, le loyer de la terre a doublé sans accroissement correspondant des récoltes. Le paysan a recouru aux usuriers pour essayer de boucler son budget. Il a vu ses tenes vendues et accaparées pa1' la féodalite terl'ienne qu'on prétendait à tort définitivement anéantie par la Révolution française. La question sociale .se fait donc ressentir dans les campagnes. li importe, par des mcsu1·es législatives, d'empêcher la propriété ter1·ienne d'ètl'e détenue par quelques capitalistes et les biens communaux de disparaitre; il importe aussi de rendre la terre prop1·iété collective inaliénable et d'en confier seulement la mise en -valeur au paysan. Si cette importante réforme ne s'accomplit pas pacifiquement, le prolétariat agricole n'hésitera pas, obligé par les circonstances, à se joindre au p1·olétariat urbain pour accomplir la Révolution sociale et faire rendre gorge à la féodalité capitaliste.
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