La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

7-10 LA REVUE SOC_IALISTE occupations militaires pour exécuter des travaux de viabilité. L'usage s'établit, en effet, d·envoyer chaque année pendant quatre mois des bataillons complets construire des routes destinées, semble-t-il, principalement à entretenir la popularité du Géné-· rat en chef dans la région soumise à ses ordres. Le tarif des primes est analogue au précédent : Ouv1·icrs de 11 " classe 0 fr. 045 l'heure » 2111• » 0 fr, 030 » Gratifications exceptionnelles 1re classe 0 fr. 015 l'heure )) 2,me )) 0 fr. Û 1 » En dix heures, un ùon ouvrier arrive comme prérèdemmcnt à Ofr. GO; le versementà déduire pour l'ordinaire étantde O fr.15, il lui revient donc O fr. 45 par jour. Cette rémunération suffit si peu à entretenir l'émulation des travailleurs, qu'une « Instruction sur l'exécution des travaux de routes par les troupes d'Infanterie >> contient cette phrase: « Il faut que la surveillanrc soit constante, que les officiers de semaine parcourent les chantiers, quo les commandants de compagnie et les officiers supérieurs se montrent souvell t, que surtout ils s'ar1·anoent cle manière à 1:oi1' cle loin ce qui se passe s1rns éL1'eope?'fUS eux-m,émes. » Quand au préj uJice porté par ces travaux à l'instruction militaire, il n·est 1,as m(•connu; cette citation en fait foi:« Il faut être convaincu que l'on ne peut faire deux choses à la fois: maintenir à hauteur l'instruction militaire, avance!' rapidement les travaux de la ronte. Il faut tout sacrifier sans hésiter, à cette dernière tàche, qui fait, plus qu'on ne le croit, des soldats forts et vigoureux:.» Fant-il de meilleures raisons pour réclamer justement la réduction du service à deux ans. On est pourtant entré plus loin encore dans la voie des abus. Des réservistes ont été employés, pendant les deux tirrs de la durée de leur séjour, à des travaux analogues. N'est-ce pas un rétablissement déguisé de la corvée et que penser de ceux qui osent prendre de pareilles mesures. Mais, dira-l-on, chacun ne se doit-il pas tout entier au service de l'Etat pendant le temps de sa présence sous les drapeaux?' Pour juger une pareille prétention poussons-la jusqu'à ses conséquences dernières. Que penserait-on d'un commandant de compagnie qui emploierait un banq1üer réserviste à faire fructifier le boni de rordinaire, d'un colonel qui mettrait en vente au profit de la masse d'entretien des tableaux exécutés par un peintre de son

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