La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

CORRESPONDANCE 739 catégorie comprend les militaires employés comme manœuvres dans les tra vanx et n'est pas rétribuée de jour. La 2me catégorie comprenù les ouvriers d'art employés aux: travaux du géuic, les boulangers, tailleurs, etc. Le même règlement prévoit le travail à la tàche et s'exprime ainsi à son sujet: le taux de la prime à allouer pour chaque espèce de travail est calculé de manière qu'_un bon ouvrier puisse augmenter de moitié la prime -qu'il aurait touchée d'après le tarif du travail à la journée. Voyons donc ce que pourra gagner un bon ouvrier pendant une journée de dix heures. Son gain ne dépassera pas O fr. 60. C'est peu si l"on considère,en outre,que cette somme est passible d'une retenue pour compenser l'usure plus rapide des effets <l'un travailleur. Si l'on y ajoute le coùt de l'entretien journaHer d'un soldat qui ne s'élève pas à un franc (en y comprenant le logement, qui ne devrait JJOurtant pas entrer en compte) on .arrive au plus au total de 1 fr. GO. Mais, dira-t-on, il résulte de cette économie sur la main <l'œuvre, un notable profit pour le budget. l\" ous allons voir quïl n'en est rien; cela fut-il vrai, d'ailleurs, qu'il ne subsisterait pas moins ce fait, que la classe ouvrière seule contri bue à cette épargne et qne le service .militaire, qui lui est plus préjudiciable déjà qu'à toute autre, lui est rendu plus nuisible encore par la -concurrence qu'on l'oblige à se faire à elle-même. Mais l'économie n'est qu'apparente: en effet les allocations faites aux corps de troupe pour l'entretien de leurs casernes sont précisément calculées, en prenant pour base la moyenne des dépenses faites par le service du Génie pendant les cinq drrnièrP-sannées. Cela s'explique facilement, la rémunération étant insuffisante, le travail"se fait sans goùt et le ga-;pillage des matières premières, accru par une direction incompétente, compense largement les bénéfices réalisés sur la main-d'œuvre. Et quelle tentation, aussi, pour des supérieurs tout puissants d'employer les travailleurs à leur propre usage î Ainsi donc, nul profit pour l'Etat, avilissement de la main d'œuvre civile, tels sont les résultats les plus nets d'un pareil état de choses. Que devient, d'ailleurs, l'instruction technique des hommes ainsi enlevés à leur service? Et quand on réfléchit enèore au nombre de soldats, plantons, ordonnances, scribes surabondants détournés de leur métier militaire, ne peut-on conclure à bon droit que deux années de service .suffiraient largement pour tous. Voilà bien une autre économie budgétaire à proposer, que tout le monde du moins apprécierait également. Voici une autre raison de réclamer cette réforme. Il ne s'agit plus maintenant de quelques ouvriers seulement, mais de ~orps de troupe tout entiers pendant une année sur trois de leurs

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