t.\ REVUE SOCI..\LISTÉ! bloie sur le macadam, il devra grimper à nouveau sur son siège ou sur l'impériale, faire la mème traite, la même dépense de forces; car il n·y a pas de jour férié pour lui. Hier, aujourd'hui, demain et toujours, il faut qu'il reprenne sa tàche. Il est rivé à. sa voiture. En vérité, Messieurs, quand on songe à cc que peut être une semblable 0xistence, quanù on pense que tous les jours, les heureux de la vie, les privilégiés de la fortune peuvent coudoyer les victimes d'un pareil régime de travail, sans que leur attention commisôratrice s'arrête snr los conditions matérielles qui leur sont faites, on ne sait cc qu'on doit le plus admirer ou réprouver, de la résignation à tonte épreuve des uns ou de la conpablc indifférence d0s autres. Il y a un peu plus d'un demi-siecle, aux débuts de la grande in,lustrie, dans les centres manufacturiers révolutionnés par l'introduction des machines et les pel'fcction nemen ts apportés à la division du travail par le système de production nouveau qui en sortait, la durée de la journ{~o se prolongea outre mesure et tendit à devenir aussi cxcessi ve quc celle des employés d'omnibus. Mais l'élite intellectuelle de notre pays poussa un cri d'ardente pifü· en faYCLH clc ces victimes du progrès industrirl et la dnrée de la journée fut réduite. Une pléiade d'économistes, dont la France ne saurait trop s·enorgueillir, car ils méritèrent d'être appelés par lenrs contemporains étrangers « l'ét.:ole économique française>>, Droz, Sismondi, Villcrm<-, Eugène Buret, Adolphe Blan4ui, arrêtèrent par leurs protestations humaniLaires, l'induslrialisme dévorateur. dans sa consommation inhumaine des forces ouvrières. Aussi éminents par le cœur que par la pensée, leur science faite d'humanité jugea et condam11a l'exploitation ouvrière et abusive, dans des œuvres qui palpitent encore, à distance, des sen time:: ts généreux dont elles furent inspirées. Lorsque nous consultons les enquêtes de Villermé ou de Blanqui, toutes saignantes des souffrances engendrées par la prolongation excessive ùe la journée, nous nous sPntons r<'.,confortés ;-i, l'idée que tant ùo donlenrs sont déjà en partie lointaines, la plupart des misères d'alors ayant disparu avec la réduction graduelle des heures de travail. N'est-ce pas une illusion que nous nous faisons. puisqu'à Paris, dans un service public, les mêmes abus qui soulevaient les conscienccs,il y a déjà plus de cinquante ans, persistent encore, aggravés par une réglementation tyrannique,comme on en trouverait difficilement dans la réglementation industrielle de cette époque? La Compagnie des omnibus, en effet, ne se borne pas à imposer à s0 s employés un labeur nussi prolo11gé, ell0 les rnumet
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