HISTOIRE n'uN ;1IONOPOLE 60 aucune entreprise industrielle imposant à ses ouvriers une dur<'.!e de travail plus longue, un règlement do salaire plu~ abusif, un ensemble de dispositions tyranniques violant aussi ouvertement les·droits les plus élémentaires de l'homme et du citoyen. La durée de la journée des· cochers, conducteurs, contrôleurs, côtiers, palefreniers, etc., est do 15, 16 et 18 heures. Mais ce tiercement établi par la Compagnie, qui ferait déjà ressortir à 16 heures la durée moyenne do la journee, n'est que partiellement observé et, en réalité, la du1·éo constante journalière de la présence des employés s"élève ù plus de 17 heures, et avec les heures de supplément nécessitées rar des services spéciaux, elle dépasse fréquemment 18 heures. Ainsi, dans ce qu'on appelle le petit service, incombant aux rmployés quatre jours sur dix, le temps de présence est de 14 heurés ½. Par contre, le grand ser\"ice est de 18 heures six jours sur dix et, ponr peu quo la Compagnie n'ait pas son personnel au complet, ou qu'elle supprime le petit service, comme les heures supplémentaires no se paient point, le cocher ou conducteur apprlé à fonrnir le travail d'u11ejournée pleine doit se rendre au dépôt à 6 heures du matin; il ne le quitte qu'après !"arrivée de la dernière voiture, c·est-ù-dire après 1 heure du matin; il a donc fourni une prc;- senco de 19 heures. Messieurs, il est difücile d'imaginer des conditio11s de travail plus odieuses; et c·est une constatation douloureuse, do penser que dans Paris, capitale de la richesse et du luxr, ville de;;;arts, siège de la civilisation, foyer do la pensée et du prog-r<'.!s, d'où sont parties toutes les initiatives gén('!reuscs d'émancipation et d'améliorations humaines, des hommes sont encore condamnés à un labeur pcrnrnnent do 18 heures par jour! Réf-léchissez, messieurs. à la contradidion dérisoire que de telles conditions d'existence matérielle révèlent, quand on les rapproche des principes de la Révolution française, qui ont proclamé les hommes libres et égaux I Oui I le conducteur ou cocher de la Compagnie, astreint à· une présence de 18 et 10 heures sur le siège ou le marchepied de sa voiture, est réputé un homme libre, égal, en droit, à tous les autres individus jouissant de leurs droits d'homme et do citoyen. Seulement ce citoyen ne vote pas; où prendrait-il le temps d'aller à sa section de vote? Cet homme est sans famille et sans foyer : comment vivrait-il de la_vie des siens? Après une journée de li, 18 et 19 heures, il rentre chez lui, écrasé par la fatigue meurtrière • du labeur qu'il vient de fournir, et il n'a pas trop <les5 ou 6 heures qui lui restent pour les consacrer au sommeil. Après quoi, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige on-que le soleil flam-
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