L'ART SOCI.\L 731 mort, c'rst perdre stupidement sa virilité, c·est aliéner son droit à la bataille humaine; faire un métier d't'·crire, ù l'amusement d'un public, des romans et des contes, des livres sans ùmc·, c'est adopter un rôle de domestique et de bas artisan. Soyons des homn:ies d'une santé vaillante, dans la ÎlcYr<'des villes et la sérénité des campagnes, dans la patrie des foyers, et nos créations seront belles comme la trrre et comme le ciel, parcequ'elles seront faites de nos chairs et de nos rêves. Des hordes d'écri1ains, naturalistes, psychologues décadents, d'autres encore sans doute, dépensent du talent et de la patience à étudier des coins de salon, des bustes de femmes précieuses, des flaques et des plaies. Ils notent des meubles, peinturlurent des étoffes, dénombrent une vide et sonore ambiance. Mais l'âme des choses, le boulet tragique de la misère qui tire dans la boue des rues la bête humaine, et la rumeur sociale qni gronde aux horizons, ils n'entendent et ne voient rien. Ils s'acharnent sur des exceptions, sur des monstres. Leur virilité se suffit dans les mots, dans la rudesse des couleurs et rénormité des corps ou dans la gràce des lignes et la souplesse' des périodes. lis n'étudient pas, ils n·aiment pas la Yie, le drame quotidien de nos fourmilières.rem plies de pau vretés,de privations et d'esp<'.·rances. A grands coups de réclame on lenr fabrique des réputations, et du haut de leurs rhétoriques, ces roués commerçants de liltl'.-rature narguent les flots d'en bas, la populace. Ils sont hC'ureux. Ils ne touchent pas à cette hurnanill'.·. lis ont seulement une clientèle, et la ménagent, la soignent, en lcnrs liuées lrcs riches, avec làcheté. lis n'ont pas de pas ion. Ils font du dilettantisme. Eux-mêmes s'abrHeut hors de la vie. fis ne la veulent point reconnaitre telle q_uc nous la Yoyons, haletante au labeur, ensanglantée parfois, courir ou se vautrer. Ils la croient banale. Ce sont des artificiels. Les livres passent innombrables: ils se ressemblent tous, pareils à des soldats désarmés. Trois, quatre masques suffisent: toutes les bouches ont, la même clameur, sinon la même force. Ce n'est quo du bruit., ça n'a pas la volonté du vent qui déracine les bois ou pousse les voiles sur les mers. Pratiques possesseurs de vocables, ils ont imaginé trivial et vulgaire le domaine des actes quotidiens, lesquels pourtant demain constitueront l'histoire. Ils vivent au bord de la vie, ils adorent des mots, des métaphysiques et des modes. Le peuple qui passe, qui besoigne et pâtit, considère comme des étrangers, comme des ennemis peut-être, ces écrivains enveloppés d'encens et de mensonges, dans leurs tours dï voire. Et il se rejette aux littératures quelconques, et 11ousl'appelons une brute.
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