La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

730 LA REVUE SOCIALISTE L'ARTSOCIAL Nous qui, douloureusement, avec l'énergie de nos faibles natures, convoitons l'inconnu et voudrions saisir l'insaisis~able, certes nous savous la vertu de la phrase, le prix de l'expression. Les mots sont le geste de nos pensées, le reflet de nos visions, l'écho de nos sentiments et de nos sensations. Mais ils doivent vivre de nous et nous obéir. Ils sont la matière que nos esprits pétrissent dans la solitude des méditations, loin des temples et des écoles. Ils viendront a nous, simplement, par la volonté de notre intelligence, si nous avons un0 lumière A répandre, nne hnma• nité à bàtir. Les rhétoriques pesantes, plus hautes que des murs de prison, bornent l'existence. accumulent de l'ombre. L'Artest une création. Tirons de nous un monde, sans souci des pédantismes et des formules. L'espace nous appartient, l'infini des idées et des êtres. l'ious Youlons. toutes barrières rompues, hors des vanités de la littérature, porter haut et loin notre conscience, dan~ le chemin des passions humaines, sous les cieux calmes et les tempêtes. Il faut une àme. Il faut une conception de la vie, une foi, l'inquiétude d'un au-delà terrestre. Il faut se jeter tout entier, capable de souffrir et d'aimer, dans les angoisses et les aspirations du temps, dont nous pouvons ètre une parole. Nous aurons la joie de l'effort, la joie sainte du sacrifice et du devoir, la folie des chimères. Nous aurons peut-ètre l'illm-ion d'embrasser le monde et de l'emporter dans le soleil vers les justices sublimes. S'enfermer dans la littérature, s'isoler de la foule, se planter, ainsi qu'un arbre, devant les années qui s'écoulent vers la

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