La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LA SOCIÉTÉ COLLECTIVISTE 693 Ils tournent, en dehors de la vérité, dans un cercle d'écureuil -où ils sèment le plus possible des paillettes d'or: mais cela ne suffit pas pour agrandir le cercle. Ils s'enlisent dans le présent --etdans le passé au point de ne pas voir à dix ans, et à plus forte raison, à quelques siècles devant eux. Manquant de, clartés de l'horizon, ils jugent à faux les faits contemporains. Leur intellect est brutalement lié au rivage par un cable qu'ils s'ima- _ginent être ui:i fil conducteur. Ils répéteront bien comme un lien -commun que l'Humanité marche, mais ils échoueront dans toutes leurs déùuctions s'ils essayent de fixer la voie qu'elle suivra. Quel fossé les sépare ùe ceux qui ne craignent pas d'ètre -qualifiés d'utopistes par les stagnants, d'nn Diderot ou d'un .Condorcet, par exemple. Le coté pittoresque des choses les frappe, mais les grands traits de la laideur sociale du présent leur échappent. Ils sont bien loin de dire comme dans le Don Carlos de Schiller: « Mon siècle n'est pas encore venu : je .suis le concitoyen (ein Bürge;·) de ceux qui viendront. » La fantaisie est charmante, quand elle jette sur la vérité -des couleurs qui attirent l'œil; mais quand elle chatoie pour -~ouvrir l'erreur, elle n'est plus séduisante. Des littérateurs ont-contemplé des Turcs et des Japonais qui s'habillent comme nous, et leurs nerfs en sont agacés. Ils voient -déjà chaque habitant de notre globe vètu ((d'un complet», couronné d'un chapeau cylindre. L'artiste qui vibre chez les littérateurs a raison de protester .avec épouvante contre un pareil fan tome. Le vêtement civilisé -est lamentable et le haut-de-forme est grotesque. Ils sont la traduction en lignes et en couleurs de la société bourgeoise représentée par Joseph Prudhomme. Mais, où leurs nerfs ont tort, c'est rle prendre leur faut6me pour un ètre réel, d'en tirer des conclusions, de l'appelPr une révélation, et d'attacher l'avenir à un poteau où ils écrivent: Règne de la monotonie universelle. Avec la richesse et lïnstruction, pourquoi les hommes .adopteraient-ils un vèteme_nt uniforme? Tous plus ou moins artistes, ils rechercheront ardemment, au contraire, la variété -dans le pittoresq ne des costumes, suivant le sexe, l'àge, le -elimat, l'occupation du moment, les particularités individuelles. Ils ne seront plus soumis à la servilité des philistins devant la -coutume idiote. Ils auront, par exemple, un Code uniforme (aussi longtemps -que les lois seront nécessaires). La variété sur ce point n'est 11ullement désirable. Non, la morale ne variera plus en longi-

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