La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

HISTOIRE D'UN MONOPOLE 65 Depuis, en 188ü, l'administration ajustement contesté à la Compagnie le droit d'opérer les prélèvements qu'elle effectu:1it depuis vingt ans .sur les rerettes brutes pour l'amortissement do ses obligations, dont le produit a passé ;-\solder les immeubles achetés. Mais ces revendications tardiYes, quelle que soit leur légimité iucontestable, en admettant qu'elles aient gain do cause auprès des tribunaux compétents, n'en font que mieux ressortir la faiblesse, pour ne pas <lire plus, de radministration, dans le contrôle que l'art. :1 lui donne à exercer sur la gestion. de la Compagnie. La Ville est l'associée de cette dernière; l'art. 3 sauvegarde la part dos bénéfices de la Ville, en interdisant à la Compagnie l'accroissement do son capital ; à cet effet, elle contraint la Compagnie à tenir, en tout temps, à la disposition do radministration ses livres do comptabilité; c'est-à-dire que celle-ci peut et doit se rendre compte au ,iour le jour des opérations du consP.il. Il appartewlit à l'administration do s'opposer à l'accroissement dn capital déguisé par l'achat d'immeubles, en faisant immédiatement opposition sur les achats effectués par le conseil d·administration. Elle ne l'a pas fait; pourquoi? Le but poursuivi par la Compagnie ('.,tait si visible, qu'elle ne se donnait même pas la peine de le dissimuler dans ses comptes rendus et ses bilans. A l'appui de mon assertion j'emprunterai aux rapports et aux bilans de la Compagnie doux ou trois exemples, choisis à des dates anciennes et récentes, on verra avec quelle latitude la Compagnie des omnibus a pu opérer so11sle couvert de l'approbation tacite de l'Administration. En 1864,, la Compagnie fait l'acquisition de l'immeuble situé rue Saint-Honoré, dit la Courcl'Alig1·e, pour 1.527.000 francs; puis, en 1869, elle annonce son intention <lele Yondre. L'immeuble, pendant douze ans, n'a pas été utilisé par les services de la Compagnie, qui l'a mis en location, de sorte que la Compagnie touchait de trois cotés l'iiltérêt du prix d·achat distrait des bénéfices : 1 ° L'amortissement des obligations; 2° Le montant dos loyers à 6 ¼ perçus sur les recettes; 3° Et le montant de la location consentie! En 1876 seulement, elle installe 52 voitures et 90 chevaux dans cet immeuble dont le prix d'achat et de construction dépasse 2,200,000 francs. En 187@·, en effet, elle achetait nn immeuble contigu pour ~22,000 francs; en 1885, nouvellé acquisition d'une maison voisine au prix de 147,000 francs. Finalement au bilan de 1889, l'immeuble de la Cour d'Aligre figure pour 2,229,386 fr. et sert de dépè>tà 8 chevaux, 7 ou 8,000 kilog. de maïs et un 5

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