682 LA REVUE SOCIALISTE comme, pour notre part, le gouvernement de l'humanité par la Justice nous parait insoutenable, nous sommes amenés à reconnaître l'existence d'un principe supérieur (1). Terminons par un rapprochement. Proudhon, avons-nous dit, est un sophiste éloquent, souvent déclamateur et inconséquent avec luimême, rempli de contradictions, ne reculant devant aucune hardiesse, animé d'une haine sans bornes contre la société, et capable de l'étouffer si on l'avait laissé faire. Eh bien, toute proportion gardée, l'auteur de la justice me semble avoir plus d'une analogie avec Lamennais. Tous deux, en effet, se révoltèrent contre la société, et prirent la défense des opprimés, le premier avec plus de véhémence et d'amertume, le second avec plus de morgue et d'emportement. Tous deux aussi employèrent leur plume à défendre les idées qui étaient les leurs ; et plutôt que de se soumettre, ils préférèrent lutter. Rien de plus différent que leur talent d'écrivain; rien de plus semblable que leur destinée. L'un et l'autre furent à la fois socialistes et philosophes, - le premier philosophe croyant, il est vrai ; le second philosophe athée ou tout au moins stoïcien. De l'un ou de !"autre, au total, on pourra dire ce que Sainte-Beuve disait de l'auteur des Paroles d'un croya11t, seulement: << Lamennais est le soldat de l'avenir, le soldat démocratique ne connaissant que le cri: En avant! insensé bien souvent, hors de toute mesure. mais avec ce profond sentiment des infirmités sociales et des souffrances populaires, en faveur duquel il lui sera beaucoup pardonné. li a eu ses abîmes, il a eu ses grandeurs. » Appliquez ces paroles à l'auteur de la }11stice, et vous connaitrez entièrement Proudhon. Raoul SNELL. ( 1) Proudhon, comprenant que cette objection est décisive, a pris la peine, après l'avoir developpee (De ln )11s!icedn11sla Révol11tio1e1t dn11s/'Eglise,tome 11, p. 413 et suiv.), d'une réponse qui ne nous satisfait que médiocrement. « ... Résumons toute cette theorie, dit-il en finissant. 1. Le principe de la nécessité ne suffit pas à l'explication de l'univers : il implique contradiction. - 2. La conception de !'Absolu absolu, qui sert de motif à la thèorie spinoziste, est inadmissible: elle conclut au-delà de ce que les phénomènes permettent de conclure, et ne peut être considérée tout au plus que comme une durée métaphysique attendant les confirmations de l'experience, mais qui doit être abandonnée pour peu que l'expérience lui soit contraire, ce qui est précisément le cas. - 3. La conception panthéistique de l'univers, ou J'un monde le 111eille11prossible servant d'expression (nature t1af11rée) à !'Absolu absolu (11nt11re11atura11te), est également illégitime: elle conclut au sens contraire des rapports observes, qui, par leur ensemble, et surtout par leur détail, nous montrent le système des choses sous un aspect tout différent. » Alors qu'est-ce que la liberté ou le libre-arbitre ? La p11issa11cdee collectivité del'homme. « Par elle l'homme, matière, vie, ei;prit, s'affranchit de toute fatalité physique, affective et intellectuelle, se subordonne les choses; s'elève par le sublime et le beau, au-delà des limites de la réalité, et de l'idée, se fait un instrument des lois de la raison comme de celles de la nature, assigne pour but à son activité la transfiguration du. monde d'après son idéal, et se donne à lui-même sa gloire pour fin. »
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==