La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

076 LA REVUE SOCIALISTE et, dans leur société, il était à même de multiplier ses observations; et d'achever ab experto son cours d'économie politique. Durant les loisirs que lui laissait sa profession, il travaillait à ses Contradictions écono111iq11es. Cet ouvrage parut en octobre 1846, avec l'épigraphe suivante en tête : 'Destruam et œdijicabo. On est assez étonné, en parcourant le préambule, de voir Proudhon discuter « l'hypothèse de Dieu». Un chapitre sur la police ou l'i111pôt; un autre sur la Providence ; un troisième, sur la balance dn comlllerce, voilà, semble-t-il un étrange enchainement. Mais à ceux qui en jugeraient ainsi je rappellerai que pour Proudhon, le problème de la propriété, c'est, sous une autre forme, le problème de la certitude.<< La propriété, a-t-il dit, c'est l'homme; la propriété, c'est Dieu; la proprièté, c'est tout.» Les objections que nous aurions à faire aux Contradictions économiques nous entraîneraient au reste bien au-delà des bornes que nous nous sommes assigné en commençant cet article. <, Je sais que cette dialectique hégélienne, écrivait l"auteur à un ami, n·est pas de votre goût, et, comme vos confrëres de la Sorbonne, vous accusez de scepticisme ceux-là mêmes qui prétendent avoir à jamais renversé le scepticisme. Je ne veux point entamer cette discussion dans une lettre : je vous dirai seulement que la logique de Hégel, telle que je la comprends, satisfait infiniment plus ma raison que tous les vieux apophthegmes dont on nous a bourrés dès l'enfance, pour nous rendre compte de certains accidents de la rai-- son et de la société ... » Il écrivait encore à un autre ami, en lui envoyant les Co11tradictiom : <, A partir de ce jour (22 octobre 1846), je rentre sérieusement dans la vie active, dont je suis sorti, en l 840, par ma publication du 'Dimanche et de la Propriété. Ma période d'investiga-- tion pure est finie : une nouvelle carrière commence pour moi ... » Proudhon souhaitait-il, prévoyait-il la Révolution de 1848? Nous ne le croyons pas. Veut-on connaître quelques-uns de ses jugements, avant cette Révolution, - soit sur la littérature, soit sur l'esprit public, soit sur le socialisme? Ses vues, â cette époque, peuvent paraître misanthropiques ; mais elles ne sont point fausses. La littérature lui semble être à son déclin. <, Si j'étais à la tête de la Revue des deux 'Bourgognes, écrivait-il U juin 1838), je m'en servirais surtout pour dire à mon pays ses vérités les plus dures. Or, ce n'est point ainsi que ces messieurs l'entendent. Pouvez-vous faire une jolie nouvelle, des vers à la Hugo, de l'histoire avec des considérations à perte de vue? Pouvez-vous vous écarter du bon sens suffisamment pour attraper le bel esprit et la fine fleur du style? présentez-vous à la CJ(evuedes 'Deux 'Bourgognes ( 1). » Dans une autre lettre, il traite les Parisiens de <, ba- (1) Voyez encore avec quelle morgue il parle à son ami, le poète Ackermann, dont les vers, assurément, ne valaient pas ceux de sa femme : 15 novembre 1840) : « Mon cher Ackermann, vous allez publier un volume de vers: c'est fort bien fait, et.

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