La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

P.-J. PROUDHON 675 C'est dans le même temps que Proudhon adresse ses fameuses lettres à Adolphe Blanqui, sur la Propriété ( 1841), où il rend compte de sa conduite et de ses sentiments. Persuadé que la jurisprudence ne saurait devenir une science, sans une matière d'expérience, il lui assi- _gne l'homme et la société comme champ d'observations. L'institution de la propriété, croit-il, est en train de se modifier ; et il cherche à montrer que l'égalité serait étab'.ie sur des bases solides, si nos légis- .lateurs avaient à cœur de généraliser le principe des sociétés d'assurance, d'exploitation et de commerce. Jusque-là rien de mieux. Mais, il faut que je le dise, la confiance illimitée que Proudhon a en sa méthode d'investigation me rend sceptique. En effet, sa formule rend-elle raison -de toutes les variétés législatives, et donne-t-elle la clef de tous les problèmes ? Hélas non. Le meilleur des biographes de Proudhon, SainteBeuve, l'a clairement laissé à entendre : Pour lui, la logique est tout; il s'est logé dans la tète un absolu de vérité; il méconnait l'éternel à peu près des choses humaines et la marche boiteuse des sociétés. Peu .après, en janvier 1842, Proudhon publie une nouvelle brochure, intitulée: Jlvertissemenf aux propriétaires, on Lettre à M. Considérant. Dans cette brochure, l'auteur expose la théorie de l'égalité absolue, qui a cela de pa11iculier, qu'en même temps qu'elle reconnait l'égalité des -conditions, elle fait abstraction de l'inégalité des ta lents, et met les intelligences sur un niveau égal ( 1). Cette idée, cette utopie plutôt, Proudhon devait la reprendre plus tard et la développer dans la Créalion de l'Ordre dans l'Hu111a11ilé, (1843). L'année suivante, la pauvreté de notre écrivain le forçait à accepter les fonctions de commis, chez MM. Gautier. Mais, comme il le dit lui-même, dans une lettre à Ackermann, il passait ses journées avec -des mariniers, des charretiers, des commissionnaires, des négociants, ( 1) La Le/Ire à O,f. Co11sidùa11/ fut saisie par le parquet de Besançon, et Proudhon fut assigné à comparoir aux assises de la ville. L'indignation contre lui était alors à son romble. « Cet homme, disait-on, n'est ni communiste, ni républicain proprement dit : il demande l'abolition de la propriété, mais il parle de cette abolition comme d'une transformation organique, laCJuellene se produit que par développement. Toute éversion, .substitution ou révolution, suivant lui, est mauvaise ; l'interruption de la vie sociale, -c'est la mort. Donc il va conclure au maintien des propriétés dans les mains des détent.eurs, sauf à demander le développement de certains principes déjà reconnus, et qui doivent, d'après sa théorie, universaliser et équilibrer la propriété ; donc il veut la -conservation du Gouvernement de juillet, sauf le choix du ministère le plus capable d'accomplir cette transformation et ce développement. - A quoi Proudhon répondait : •« ... Tout cela est parfaitement vrai : je critiq11e la propriili 110,i comme forme transiJoire, mais co11111f1oerme déjinili'Ue ; j'allaque les hommes du 111i11istère11011comme a/tachés· au Gou'Uernemenl de }11ille/, mais comme 'UOula11e/11fausser les co11sique11ces. Quand aux personnalités qui m'échappent, elles sont des représailles; d'ailleurs les personnalités ne .sont pas du ressort des cours d'assises, pas plus que l'euphémisme et la rhétorique. » (2.3 janvier 18.p). Proudhon, traduit en cours d'assises, se défendit lui-même avec élo- .quence, ot il réussit à se faire absoudre par le jury des quatre chefs d'accusation dirigés ,contre lui.

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