La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

67-1 LA REVUE SOCIALISTE que ces lignes se rapportent à son ouvrage la ,:-Propriété, sur lequel il fondait de grandes espérances ( 1). Sa prétention, on le sait, était de .découvrir (c'est à dessein que nous n'employons pas le mot d'ùiventer) la science de la société absolue, c'est-à-dire basée sur la nature de l'homme et de ses facultés. Et pourquoi non ? n'y a-t-il pas une science des quantités, qui forme l'assentiment en excluant l'arbitraire? Proudhon essaie d'en donner la démonstration ; mais, procéder par voie d'intuition et de tàtonnement, il n'y pense mème pas. <, Je ne mets dans tout cela rien du mien, écrit-il à un ami (car c'est à la correspondance de Proudhon plus encore qu'à ses ouvrages, que nous demandons de nous dévoiler l' bo111me) ; je cherche, et pour mieux chercher, je me fais un instrument, je me fabrique un guide, j'attache un fil à la porte du labyrinthe où je m'enfonce. Pùis, je ne conteste jamais; je ne réfute personne; j'admets toutes les opinions et je me contente de chercher ce qu'elles contiennent. Or ce qu'elles co11tien11e11ntécessairement toutes est pour 111oui11principe vrai, un axiome dont je cherche définitive111e11lta raiso11da11su11fad p!~ysiologique ou 11aturel, et duquel je pars ensuite avec la même rigueur de déductio11,pour fonder 111a science, que j'en ai d'abord apporté da11s 111esù1ductio11spour déterminer le principe. » Puis viennent les démarches auprès des libraires, démarches infructueuses, le plus souvent, et décourageantes ... Et quand Proudhon a enfin réussi à publier son ouvrage, et qu'il croit pouvoir jouir paisiblement d'un succès bien mérité, il a maille à partir avec l'Académie de Besançon, qui lui intente un procès, pour avoir écrit un livre« anti-social, contraire à toutes les convenances pour la forme comme pour le fond. » Voici comment Proudhon résumait lui-rnème l'affaire, plus tard, à son ami Ackermann ( 16 mai 184 1) : « L'Acadcmie de Besançon, de plus en plus animée contre moi, m':,vait ajourné à -comparoir devant elle au 1.5janvier 1841, terme de rigueur et définitif, ou à faire valoir mes défenses: il s'agissait de me voir supprimer ma pension et déshonoré publiquement. Si ce malheur me fut arrive, j'étais ruine de fond en comble et perdu sans ressource ... La détresse me donna des forces ; j'avais épuisé toutes les explications, j'eus recours à la menace. J'écrivis un factum, de manière à ce qu'il pût être imprimé ; je me proposais de porter le débat devant le public bisontin et de le rendre juge de la conduite des académiciens et de la mienne. Dans cet écrit, j'insistais plus fort que jamais sur ma doctrine, je la montrais existante et professée partout, de sorte que je m'en trouvais plus que l'expositeur et, pour ainsi dire, le chef. Plusieurs membres de l'Académie étaient nominalement désignés comme mes ennemis et fort maltraites ; en un mot, je montrai les dents, et je fis entendre à l'Académie que si elle cherchait le scandale, il y en aurait. Il paraît que cela fut compris: on commença à dire que j'étais un garçon de talent, et qui pouvait aller loin ; bref, je fus acquitté, je crois à l'unanimité. A présent, 011dit du bien de moi partout, bie11qu'o11me biome en beaucoupde choses. » (1) Il écrivait à cette époque à un ami: << Prie Dieu que ;'aie un libraire: c'est peut-être le salut de la nation. »

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