La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

666 LA REVUE SOCIALISTE I • Qnelles sont les grandes lignes du plan d'enseignement secondaire tracé par Diderot? On les retrouve, mais brisées parles évènements, rompues par les compétitions politiques, infléchies par les· nécessités dn moment, dans lr~sprojets de la Convention, spécialement dans la loi du 3 brumaire, an IV. << Ironie « et fatalité des évènements I dit, avec raison, M. L. Sicard. « Ce que la Révolution avait annoncé et voulu, c'était nn sys- « tème d"enseignement supérieur (on peut ajouter ici secon- « daire), aussi large que les sciences et coordonné comme elles; « elle se trouvait aboutir à une œuvre sans cohésion interne, « faite de compromic:;, inférieure et certainement contraire ù. « son idéal. » Laissons donc l'imparfaite réalisation du plan, et voyons le plan primitiflui-même. Diderot pose d'abord ce principe que Condillac avait mis en pleine lumière: les langues sont des instruments analytiques. et. l'ien de plus. Donc l'étude des langues n'a pas de valeur en elle-même. La langue c'est la science. On a trop dépensé de temps à rétude des mots, il est temps de passer à l'étude des choses. Quelle est donc la seule langue nécessaire? Celle de son pays qu'on s'efforcera de perfectionner par le progrès même des sciences. Les langues et les littératures, les humanités aussi bien anciennes que modernes sontjetées résolument par-dessus bord. Tout au plus nn regret platonique est-il exprimé « soit « raison, soit préjugé, _jeCl'Oisdifficilement qu'on puisse, si l'on « a l'ambition d'ètre vraiment instruit, se passer de la connais- {< sance directe des anciens. Cette littérature a une consistance, « un attrait, une énergie qui feront toujours le charme des <( grandes têtes. i\Iais, je pense que l'étude des langues anci0nnes. « ponrrait être abrégée considérahlemeni et mêlée de beaucoup « de connaissances utiles. En général, dans l'établissement des « écoles, on a donné trop d'importance et d'espace à l'étude des « mots. Il faut lui substitner aujourd'hui l'étude des choses. Je « pense qu'on devrait douner dans les écoles secondaires une « idéedetouteslescoonaissances nécessaires à un citoyen,depuis « la législation jusqu'aux arts mécaniqu~s.» Si l'on veut bien réfléchir à ces paroles de Diderot, on verra qu'il ne lui vient pas à l'esprit de comparer, quand il s'agit d'enseignement secondaire, les langues et littératures anciennes aux langues et littératures modernes; s'il prenait la question par

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