La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

SCIIOPENIIAUER 059 -et à bien vivre et ne portent pas la corC:e:ière au ventre ni le capuchon monacal sur la tète. Le (< Frère il faut mourir ! » reste sans écho. Il n'est pas inutile cependant de faire observer que le pessimisme -de Schopenhauer est plutôt, comme dit fort justement M. Th. Ribot, la traduction de son propre caractère, qu'une thèse bien établie. Quelques indications sur l'homme, jetteront un grand jour sur la doctrine. Il est un fait que ses commentateurs ne nous paraissent pas .avoir suffisamn1ent mis en lumière. Schopenhauer est né en 1788. C'est en 1819 que parut son grand ouvrage, Le 111ondeco111111evolo11téet .commereprése11fatio11, où il a mis toute son âme, où il se trouve tout entier. C'est donc à l'âge de trente-un ans qu'il mettait au monde la doctrine du pessimisme, la plus sombre, la plus radicalement désespérante qu'on pût cpncevoir. A trente-un ans, il avait vécu assez, .assez parcouru le monde, pour perdre toute illusion, pour ne plus concevoir aucune espérance, pour dire à ses semblables: le néant est préférable à l'existence! alors qu"à cet âge, la généralité des jeunes gens, n'ayant point connu encore ks amertumes de la vie ou la vanité de l'ambition, rayonnent d'enthousiasme, se jettent éperdûment dans les rêves d'avenir ! Q\.1elleprofonde déception, quel événement douloureusement extraordinaire avait donc pu briser dans le cœur de ce jeune homme tout ressort et lui enlever tout moyen de se reprendre! Rien, nous disent ses biographes,dans les circonstances extérieures, ne peut expliquer sa misanthropie précoce, car il a l'indépendance, la santé, la richesse. Où donc trouver alors une explication plausible? C'est, nous semblet-il dans ses origines, dans son éducation. Son père était d'une humeur grondeuse et fâcheuse. Il s'est suicidé, sous l'influence d'une crainte exagérée d'un revers de fortune. Il y là un fait morbide de la plus grande importance. A n'en pas douter, ces dispositions sombres du père, se sont transmises au fils en s'exagérant. ont fait de lui, à trenteun ans un misanthrope incurable. Enfin, après avoir beaucoup voyagé, vécu dans un cercle d'artistes, de littérateurs où sa mère, femme bel esprit, fréquentait, il étudiait à l'Université de Gœttingue la médecine, les sciences naturelles, l'histoire, lorsqu'il rencontra et connut Frédéric Majer qui l'initia à l'étude de l'Inde, de sa religion et de sa philosophie: événement capital dans la vie· de Schopenhauer, qui est devenu Jans la suite, selon l'expression de M. Challemel-lacour, un bouddhiste égaré en Occident. C'est à quelque temps de là qu'il publia l'ouvrage qui -devait assurer sa renomméé. Il est vraisemblable que ses prédispositions héréditaires et l'influence de l'orientaliste Frédéric Majer, ont -déterminé sa destinée philosophique. « Quand il parait déduire sa morale de sa théorie de la douleur, c'est une satisfaction philosophique qu'il se donne, dit M. Ribot, mais comme beaucoup de métaphysiciens, il fait semblant de chercher ce qu'il a trouvé d'avance et il ne prouve que ce qu'il veut croire. » Son système peu~ apparaître comme

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