SCHOPENHAUER 653 ment qu'il n'est, où la droiture, l'honnêteté, l:J. justice, ne sont que de pures conventions, n'est souvent que trop réelle. ll semble que Schopenhauer se délecte dans la description de toutes les hypocrisies, de toutes les lâchetés des hommes et de la société. Sa nature d'hypocondriaque s'y complait. La verve, l'ironie débordent dans toutes ses pages, et les saillies, les bons mots, éclatent à chaque ligne. On sent qu'il est dans son élément. Le monde, mais c'est l'enfer, s'écrie-t-il, et les hommes se partagent en âmes tourmentées et en diables tourmenteurs. Où Dante serait-il allé chercher le modèle et le sujet de son enfer ailleurs que dans notre monde réel? Et pourtant c'est bel et bien un enfer qu'il nous a peint. Si l'on mettait devant les yeux de chacun les douleurs et les tourments épouvantables auxquels sa vie est continuellement exposée, à cet aspect, il serait saisi d'effroi. Imaginez que l'acte de la génération ne soit ni un besoin ni une volupté, mais une affaire de réflexion pure et de raison: l'espèce humaine pourrait-elle subsister? Aucun ètre certainement, ajoute-t-il, n'aurait la cruauté d'imposer la vie à ses descendants. Mais hélas ! l'homme est dupe de son instinct. La nature a jeté sous ses pas le piège de l'amour. L'amour, dit Schopenhauer, n'est que la 111éditaliondu gé11iede l'espéce. Toute inclination tendre, toute passion amoureuse, quelque éthérée qu'elle soit. plonge, en réalité, ses racines dans l'instinct naturel des sexes. Le but définitif de toute amoureuse entreprise n'est que la création d'un ètre nouveau, la combinaison de la gé11ératioufnture. Ces délices sacrés, ces désirs sans mesure Déchainés dans vos flancs, comme d'ardents essaims, Ces transports, c'est déjà l'humanité future Qui s'agite en vos seins. Ces vers de Mme Ackermann résument admirablement la pensée du philosophe. Dans l'amour, la vérité se revèt d'illusion pour agir sur la volonté. Illusion de volupté qui fait miroiter devant les yeux l'image décevante d'une félicité sans bornes. On se figure sacrifier à sa sel.ilejouissance sa peine et ses efforts, tandis qu'en réalité, on ne travaille qu'au maintien intégral de l'espèce. La. nature a besoin de ce stratagème pour atteindre son but et nous sommes ses dupes et ses victimes. L'amour est un grand coupable, puisqu'en transmettant la vie, il immortalise la souffrance ( 1). ( 1) On a justement reproché au philosophe allemand de n·avoir fait de l'amour qu'une théorie purement chimique et physiologique, quel que soit son humble point de départ, l'amour s'idéalise, se transforme, change d'essence, pour devenir un sentiment désintéressé, so:.ivent heroïque. Mais si Schopenhauer a procédé surtout en biologiste et ne
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