La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

652 LA REVUE SOCIALISTE morale naturelle, par exemple, ou de la morale utilitaire. Sa morale est certainement ce qu'il y a de plus original dans sa doctrine. Elle n'a rien de commun avec aucune des conceptions enfantées jusqu'à ce jour par les philosophes. Ni l'idée innée du bien, ni le devoir, ni l'utile n'y jouent aucun rôle. Ce n'est pas un traité ni un ensemble de préceptes qu'il nou~ offre.<< La vertu, dit-il, ne s'cnseigne pas ... Espérer que nos systèmes de morale et nos éthiques puissent faire des gens vertueux, nobles et saints, est aussi insensé que d'imaginer que nps traités <l'esthétique puissent produire des poètes, des sculpteurs, des peintres et des musiciens. » En morale, comme ailleurs, le philosophe ne doit s'occuper que des faits, les interpréter et les éclaircir par la raison. -il Ceux qui, ne trouvant là ni construction a priori, ni législation imposée à tous les êtres raisonnables in abstracto, rien de majestueux, rien de monumental, ni d'académique, ne seront pas satisfaits, peuvent retourner aux impératifs catégoriques, au schiboleth de la << Dignité de l'homme», aux creuses formules, ;iux tissus d'abstractions, aux bulles de savon des écoles ... » Il rejette dans le domaine des contes -(< la loi morale », << la conscience », << l'impératif catégorique » de son maître Kant, toutes choses qui, aux yeux du disciple, sont autant d'absurdités« bonnes pour les écoles d'enfants ». Pour lui, la morale n'a qu'un but, exposer les diverses façons dont les hommes se conduisent et les expliquer. Sa doctrine peut se résumer en deux mots : il met à nu les douleurs du monde, étale les misères humaines, déclare la vie synonyme de souffrance et donne comme idéal à atteindre: le néant. Et le seul moyen efficace qu'il propose à l'humanité pour arriver à ce but, c'est l'ascétisme, c'est-à-dire, la ,chasteté absolue. Comment cette morale se relie-t-elle au principe général de la philosophie, comment s'en déduit-elle, c'est ce que nous allons chercher a exposer. Tout est Volonté. << Cet effort, dit-il, qui constitue le centre, l'essence de chaque chose, c'est au fond le même, nous l'avons depuis longtemps reconnu, qui en nous, manifesté avec la dernière clarté, à la lumière de la pleine conscience, prend le r:iom de volonté. Est-elle arrêtée par quelque obstacle dressé contre elle et son but du moment: voilà la souffrance. Si elle atteint ce but, c'est la satisfaction, le bienêtre, le bonheur. Tout désir naît d'un besoin, d'un état qui ne nous satisfait pas. Or, nulle satisfaction n'est de durée; elle n'est que le point de départ d'un désir nouveau... donc pas de mesure, pas de terme à la souffrance ... » Vouloir, c'est donc essentiellement souffrir, et, comme vivre c'est vouloir, la souffrance est le fond de toute vie. La douleur, voilà le fait positif, le plaisir le fait négatif. Tel est son point de départ. La peinture sombre qu'il fait du monde qui n'est qu'une<< mascarade » où chacun veut pa_rai_trea,':1tre-

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