SCHOPENHAUER 651 pour toute l'éternité, c'est admettre une hypothèse singulièrement audacieuse ( 1 )». Ainsi donc, Schopenhauer, dans ces questions, se place nettement du côté de l'athéisme ; il ne met pas moins de résolution, dans la question relative à la liberté de la volonté humaine, à l'envisager au point de vue du déterminisme. La Yolonté doit être considérée, expose-t-il, de deux manières comme cbùse en soi et comme pbénomèue. Comme chose en soi elle est libre, mais non comme phénomène. Or, les actions humaines appartenant au monde des phénomènes s'accomplissent d'une façon absolument nécessaire et sans choix. Par suite nos actes ne sont pas libres ... Comme on le voit, Schopenhauer a de grandes hardiesses. Si d'un côté il s'enfonce profondément dans les confusions de la spéculation pure, d'un autre, en s'appuyant sur l'expérience, il arrive à des conclusions qui ne sont autres que celles du matérialisme scientifique. Qu'est-ce donc que la doctrine philosophique de Schopenhauer? C'est une sorte de tentative de conciliation, semble-t-il, à l'aide d'un principe nouveau. des doctrines spiritualistes et matérialistes. ,, De nos jours, dit M. Th. Ribot, les écoles les plus diverses en reviennent à la force comme à une explication dernière ... Pour les spiritualistes tout se ramène à la force et la force à l'esprit. Pour les matérialistes tout se ramène à la force, même l'esprit. Schopenhauer est, dans les termes, plus près de ceux-ci que des· premiers >). En réalité, Schopenhauer n'admet ni esprit ni matière, il est le philosophe de la Volonté. Or, nous savons ce qu'il faut penser de ce principe nouveau. Il. - La MORALE ET LE PESSIMISME DE SCHOPENHAUER. Si Schopenhauer fait bon marché de l'idée de Dieu, de l'existence après la mort et de la liberté humaine, principes métaphysiques sur lesquels s'appuie la morale enseignée de nos jours, il ne nous présente rien non plus qui puisse se rapprocher des morales sans Dieu, de la ( 1) ,, La matière par sa persistance absolue nous assure une indestructibilité en vèrtu de laquelle celui qui serait incapable d'en concevoir une autre, pourrait se consoler par l'idée d'une certaine immortalité.-« Quoi ? dira-t-on, la persistance d'une pure poussière d'une matière brute, ce serait 1à la continuité de notre être? » La connaissezvous donc cette poussière, savez-vous donc ce qu·ene est et ce qu'elle peut? Avant de "' ' la mépriser, apprenez à la connaître. Cette matière qui n'est que poussière et que cendre, bientôt dissoute dans l'eau, va devenir un cristal, briller de l'éclat des métaux, jeter des étincelles électriques, manifester sa puissance magnétique ... , se façonner en plante et en animaux, et de son sein mystérieux développer enfin cette ·ie dont la perte tourmente tellement votre esprit borné. Durer sous la forme de cette matière n'est-cc donc rien? » (le monde comme volonté, etc.). Un matérialiste endurci ne parlerait pas autrement.
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