La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

650 LA REVUE SOCIALISTE chaque instant dans l'univers, la quantité de volonté est constante. Mais quelle preuve qu'entre toutes les solutions possibles celle-là seule est vraie? Schopenhauer n'en donne aucune. A sa métaphysique, comme à toute autre, la vérification manque. Elle reste donc sans valeur scientifique ... » Si Schopenha~er ne semble pas avoir réussi à trouver ce qu'il cherchait: un principe général des choses, il n'en est pas moins vrai que sa philosophie renferme des théories extrèmement curieuses et qui sont de nature à satisfaire les esprits les plus émancipés. Schopenhauer peut certainement ètre classé parmi les philosophes subjectifs et idéalistes. Mais cependant par certains côtés, il s'en distingue nettement et semble hardiment s'avancer sur le terrain du naturalisme moderne.Pour un idéaliste, reconnaitre l'expérience comme le seul point d'appui solide, c'est déjà une chose toute nouvelle. Bien plus, il reconnait l'im1110rtalité de la matière et lui attribue la faculté de penser; le travail ou l'action de penser est une fonction organique du cerveau : « Du moment que la matière peut tomber, elle peut aussi penser!» S'il combat âprement le matérialisme, - philosophie bonne tout au plus pour des perruquiers, dit-il - il n'en arrive pas moins à certaines conclusions que les. matérialistes les plus difficiles pourraient accepter. Mais où Schopenhauer se montre un idéaliste tout à fait original, c'est dans sa critique théologique. La notion de l'absolu, il l'appelle « le titre décerné par la nouvelle mode au bon Dieu » et déclare que la philosophie n'a pas à s'en occuper: << Si ces messieurs veulent absolument avoir un absolu, je leur en mettrai un en main, qui répond à toutes les exigences bien mieux que leurs nébulosités fantastiques: c'est la matière!» Et ailleurs: « La philosophie est essentiellement la connaissance du monde : son problème est le monde ; c'est de lui seul qu'elle s'occupe et elle laisse les dieux en repos; elle espère qu'ils feront de mème à son égard. >>- La philosophie de Schopenhauer, considérée au point de vue théologique, est très manifestement athée. L'idée de Dieu, d'après lui, n'est qu'une idée toute subjective, mais il n'établit en rien l'existence réelled'un Dieu. « Sans doute, dit Büchner, le rôle que Schopenhauer permet à sa volonté de jouer, rappelle assez souvent celui que joue le dieu des monothéistes ou le dieu des panthéistes, mais il s'en distingue néanmoins d'une façon assez essentielle pour qu'on ne puisse pas le confondre avec lui. La Volouté de Schopenhauer n'a rien de divin, et d'après son inventeur lui-mème, élle agit sans conscience aussi bien que sans. intention. Elle est un effort sans plan, sans fin, sans but ... » Nous sommes loin, en effet, du Dieu infiniment bon, parfait et omniscient. La continuité de l'existence personnelle après la mort est également considérée comme une billevesée.« Avancer, dit-il, qu'une chose, après avqir été un temps infini sans existence, puisse continuer à exister

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