La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

SCHOPENHAUER 649 est ma représentation.» Ce qui signifie que le monde, tel qu'on le connait, est subordonné à la représentation que s'en font les êtres qui pensent, .autrement dit : le monde est un phénomène cérébral. » Des soleils et des planètes sans un œil qui les voie, sans une intelligence qui les comprenne, cela peut bien se dire en paroles, mais ces r,aroles sont pour la parade.» En un mot, tout ce qui existe n'est objet que par rapport au sujet pensant. Ce que nous connaissons, ce sont les apparences du monde. Mais cependant il n'y a pas que des apparences, il y a le monde réel. Comment passer du monde apparent au monde réel? Pour cela rentrons en nous-mêmes, cherchons ce qui est le plus intime à nous-mêmes et nous -trouverons que la seule connaissance immédiate que nous ayons est celle de notre Volonté. Car, avant de penser, nous vivons et nous tendons à vivre, nous agissons en vue de la vie, et de cette tendance à l'action nous en avons le perpétuel sentiment. Le mot Volonté prend, dans le systême de Schopenhauer. un sens qu'il n'a pas ordinairement; on peut le traduire, sans trop d'inexactitude, dit M.Th. Ribot, par le mot force, force inconsciente par essence. La Volonté qui est antérieure à notre intelligence, doit servir de clef pour tout le reste : « Par suite, nous devons chercher à comprendre la nature d'après nous-mêmes et non pas nous-mêmes d'après la nature.» La Volonté est notre essence. Et de même pour les autres choses. Le fond de toute action hors de nous comme en nous, est la Volonté. Tout veut, dans la nature, car tout fait effort pour désirer vivre, tout agit et vit. Le corps lui-même n'est que la Volonté devenue visible, la Volo11té devenue objet. « Schopenhauer, dit L. Büchner, a trouvé le principe de l'univers <lans un « quelque chose » auquel il a donné le nom singulier de « Volonté». Car la volonté telle qu'il la considère n'est plus la volonté mais quelque chose de tout autre, « un quelque chose » plus élevé, plus général et plus obscur, qui, parce qu'on le nomme Volonté, ne gagne pas pour cela en clarté et en signification ... De plus Schopenhauer lui-même est forcé d'avouer textuellement que la notion de volonté a reçu de lui une extension plus grande qu'elle n'avait jusqu'à présent.,. et, ajoute-t-il. Schopenhauer aurait pu tout aussi bien l'appeler X. Y. Z. et il n'en serait resulté qu'un inconvénient, sans doute désagréable pour lui : c'est que, à la place de ce qu'il croyait <c avoir trouvé » il y aurait de nouveau une chose à chercher. » Son principe des choses, sa Volonté ·est, en définitive, un je ne sais quoi qui n'a pas de nom dans àucune langue.« La belle analyse., dit Th. Ribot, par laquelle il retrouve dans tous les phénomènes de la nature une volonté une et identique à elle-même est un travail original et sans précédents ... , elle embrasse le cycle complet des faits naturels : - historiques, physiologiques, vitaux, physico-chimiques- et aboutit à cette conclusion que tout est volonté, et que ma.lgré la transformation, à

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