La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

648 LA REVUE SOCIALISTE 1. - LA PHILOSOPHIE DE SCHOPENHAUER Comme tous les philosophes, Schopenhauer est à la recherche d'un principe général d'où l'on puisse faire dériver les phénomènes de l'univers ou qui permette de les expliquer d'une façon satisfaisante. Notre philosophe est un disciple de Kant, mais un disciple assez émancipé qui s'éloigne souvent du maître, soit pour le rectifier, soit pour le compléter. Si l'on veut comprendre le fond du système, il est indispensable tout d'abord de retenir la fameuse distinction de Kant entre les phénomènes, c'est-à-dire les objets tels qu'ils nous paraissent, et la chose en soi, c'est-à-dire les objets tels qu'ils sont eux-mêmes et par eux-mêmes. Schopenhauer appuie sa doctrine sur ces données, comme nous le verrons. li admet tous les résultats décisifs de la critique de Kant: nécesssité d'une analyse de l'entendement humain pour en déterminer les limites, impossibilité de dépasser l'expérience, etc ... Mais il entreprend d'édifier une métaphysique, alors que Kant s'était borné à établir à quelles conditions et dans quelles limites cela était possible ( 1). Schopenhauer cherche à connaître l'essence du monde, ses phénomènes et leurs rapports réciproques, mais il ne se demande ni d'où vient le monde, ni où il va, ni pourquoi il est, mais simplement ce qu'il est. Sa métaphysique n'a aucun caractère transcendental, elle est une cosmologie," son but est de savoir quelque chose.- quoi? - ce qui est contenu dans l'expérience tout entière. L'expérience est son critérium. Ainsi donc point d'excursions chimériques au-delà de ce que nous révèle l'expérience, point d'hypothèses gratuites, point de solutions théologiques. Du moins voilà ce qu'il promet. li s'oubliera parfois dans des spéculations hasardeuses, mais il se tiendra généralement sur le terrain solide qu'il a choisi. Qn pourrait croire, après cela, que la métaphysique de Schopenhauer ne sera rien autre que la physique elle-même, et que son système n'est qu'une réédition de ceux de Démocrite et d'Epicure, de d'Holbach ou de Cabanis. Nullement. La physique, prétend-il, est insuffisante, car elle explique les phénomènes par une chose encore plus inconnue qu'eux-mêmes, par des lois naturelles ou des forces naturelles. La physique d'elle-même ne peut se tenir sur ses pieds; elle a donc besoin d'une métaphysique qui la soutienne. Quelle est donc cette x, quel est ce principe inconnu qui doit nous expliquer l'univers? C'est la Volonté.Comment par l'expérience arrivons_ nous à découvrir ce principe? Voici: (c Le monde, dit Schopenhauer, (1) Th. Ribot : La philosophie de Schopenbauer, p. 25.

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