La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

036 LA REVUE SOCIALISTE ne fait pas. Si l'abondance de la production de l'or et de l'argent, qui ont inondé à ces dates, le premier surtout, notre ci1·culation monétaire, a été la canse déterminante de la prospérité générale, traduite dans un accroissement notable de la production, quels sont les faits contingents qui ont amené les crises survenues et les contractions monétaires qui les accompagnaient? En 1857, également, une crise a éclaté qui a boulerersé tous les mal'chés finauciers, en pleine période de production - et comme aujourd'hui, les prix ont baissé, les ateliers se sont fermés, le champ des affaires retréci. l\1. Sauerbeck ci te des moyennes, les moyennes peu vent être exactes, -la crise de 1857 n'y apparait pas. Et celles qui ont suivi, de cette date à 1873 n'apparaissent pas davantage. L'afflux du signe monétaire n'a pu les prél-enir. A quelles causes les attribuer? M. Jugglar, a dégagé, dans un livre clernnu classique, les S)'mptômes généraux des crises, qu'il a groupés et étudiés dans une œuvre comparative d'ensemble, et en 1885, nous avons, dans le premier numéro de la Revue Sociulist:, appliqué le diagnostic de M. Jugglar à la crise de 1883, nous avons trouré les mêmes symptômes économiques que clans les précédentes. Dira-t-on qu'il y a co'incidence seulement'! La co'incidence serait au moins étrange, car les recherches portent sur une foule de faits dont la reproduction ideJJtique au cours de toutes les dépressions commerciales intérieures ne peut être l'effet du hasard. En tout cas, avant de condamner « sans rémission 'I> la théorie ùe la surproduction en matière de crises, il aurait fallu au moins trouver une explication plausible qui donnât le comment des répétitions de faits observés dans chacune d'elles. Si la dernière crise peut être attribuée à la contraction monétaire, il n'en saurait être de même pour celles qui ont éclaté de 1850 à 1873, époque à laquelle la circulation monétaire a été démesurément accrue par l'augmentation de la production d'or d'abord,et de la production de l'argent ensuite.-Enfin la crise de 1873, elle-même, n'a été ressentie en France que dix ans plus ta,·d,et même, à cette date, les échanges avaient repris à l'étranger. J"ajoute que depuis quelque temps, une reprise considérable s'c:st manifestée, et la production des m6taux d'or ou d'argent est restée stationnaire, Les malaises commerciaux qui ont caractérisé ces dernières années ne sont Jonc pas cl ■s exclusivement à la raréfaction de la monnaie? Est-ce à dire que je nie les conséquen~es nombreuses que peut avoir une perturbation produite dans la distribution du numéraire métallique? Loin de moi telle pensée, et bien qu'on puisse concéder à l\'I. de Laveleye toute l'importance qu'il \'eut attacher à la question de la monnaie, il est certain que son li\-re est de nature à faire rMléchir sur les inconvénients multiples de la situation actuelle. Tous les faits qu'il a accumulés à l'appui de sa thèse n'ont sans doute pas la rigueur de démonstration péremptoire qu'il s'efforce de leur donner; mais ils sont propres à dissiper la confiance par trop optimiste fondée sur notre régime monétaire. Il est é\'itlent qu'on se trouve là en présence d'un problème à résoudre, quoiqu'en aient dit des économistes français,qui dorment d'un sommeil paisible sur l'oreiller commode et fort moelleux de leurs fameux principes. M. de Laveleye a démontré, croyons-nous, que le sommeil profond pourrait avoir un réveil subit, si on ne trouve pas un terrain d'entente. ~ vrai dire, cependant, il semble résulter des innombrables citations de

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