REVUE DES L[VRES 633 certain qu'étant donnée la masse du numéraire, existant déjà <lans la circulation, qui est énorme, la possibilité assurée d'échanger la monnaie contre n'importe quel produit, lui donne une stabilité de valeur que n'ont point les autres marchandises ; une stabilité qu'il n'aurait point, sans cela, lorsqu'une fluctuation dans la masse disponible se produit. Si. en effet, la loi cessait de garantir au métal monétaire le pou\'oir libératoire qu'elle lui assure, la valeur de ce métal diminuerait rapidement, le débouché presque illimité du monnayage venant à lui manquer. On le voit par ce qui se passe aujourd'hui à propos de l'argent. Sa production s'étant considérablement accrue aÜ cours de ces dernières années, en même temps que • l'Allemagne adoptait l'étalon d'or, les Etats de l'Union latine suspendirent la frappe libre du métal blanc: il en résulta aussitôt une baisse immèdiate sur le marché central de l'argent qui est à Londres. Cependant. la valeur légale, fixée par la convention latine sur le rapport de 15,5 parties d'argent pour l partie d'or s'est maintenue pour les pièces frappées, et en Belgique, -en France ou en Italie, on ne fait aucune difficulté de rece\'oir en paiement 20 francs d'or ou 20 francs d'argent. Seuls, les importateurs qui ont à payer des marchandises venues de pays où l'argent est proscrit, se préoccupent d'avoir une certaine quantité d'or pour solder la différence entre les importations et les exportations. En fait, donc, la loi est créatrice de valeur, puisque c'est elle qui maintient le rappo1·t 15,5: 1 entre l'or et l'argent. M. de Laveleye revient, avec une insistance particulière, sur le pou\'Oir kconomique de la loi; et naturellement, en parcourant la série d'arguments si pressants, employés par lui dans sa démonstration, une question se pose, que notre auteur semble avoir craint de soulever: ~i la loi e;:t créatrice de rnleur ; si elle peut maintenir dans la circulation. pour un prix de beaucoup supérieur au coût de sa production le métal blanc, pourquoi ne créerait-elle pas, de toutes µièces, un signe de valeur, convt>ntionnelle, comme l'argent? Les Etat-Unis, par exemple, ont créé des certificats (siloer certificates) d'argent, pour obvier à la rareté du médium de l'échange. Sans doute, ces certificats sont gagés sur une quantité d'argent correspondante à celle indiquée sur les certificats. Mais la valeur attribuée à l'argent par le certificat étant de 16: à l par rapport au métal jaune (aux Etats-Unis, le rapport de l'argent à l'or de 1 : 16) ce gage constitue. pour une partie, un assignat à cours for~é. Pourquoi, si l'instrument d'échange fait défaut, et que sa rareté perturbe le monde économique, les gouvernements dans les différents pays d'Occident ne créeraient-ils pas ce véhicule des valeurs, selon le mot d'Adam Smith, dont l'absence constitue, au dire de M. de Laveleye, le principal ob~tacle à la rep1·ise des affaires? - M. de Laveleye, qu'il nous permette de lui adresser cette critique en passant, a semblé éviter avec soin de traiter la question de la monnaie fiduciaire et d'examiner la mesure dans laquelle celle-ci peut se substituer à la monnaie métallique devenue insuffisante. Par deux fois, il effleure le sujet(chapitres IX et XXII}, et avec les termes suivants : « L'essentiel est qne l'instrument monétaire qui maintenant nous permet d'accomplir les échanges par la vente et par l'achat substitués au troc, conserre une valeur stable, et il la conservera, si sa quaP1tité est maintenue en rapport avec les nécessités de la circulation. Le papier monnaie n'est inférieur à la monn,;iie m,Jtalli-
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