632 LA REVUE SOCIALISTE contre le monotrétallisme - renvoyant pour le reste à la lecture du volume les lecteurs désireux de faire plus ample connaissance avec M. de Laveleye. Le livre débute par un exposé magistral du rôle de la monnaie et de ses origines. Je n'ai pas à revenir ici sur la théorie des fonctions de la monnaie, que j'ai exposées dans les pages de cette revue, il y a cinq ans, au lendemain de la conventinn latine. Mais je dois signaler un ci>té de cette théorie sur lequel insiste M. de Laveleye et qui est fécond en déductions sociales de toute nature : je veux parler de la valeur sociale de la monnaie. Les économistes classiques disent : La monnaie est un commun démonstrateur des marchandises : la nécessité a forcé les peuples à faire choix de deux métaux. pour mesurer la valeur de tous les produits et exprimer en signes cette mesure de valeur, sans laquelle l'échange serait presque impossible, par suite des difficultés insurmontables qu'éprouveraient à s'aboucher, les marchandises devant étre échangées - ou plus exactement troquées, l'un contre l'autre. Mais si ces deux métaux précieux servent à exprimer en signes les quantités de valeur contenues indifféremment dans n'importe quelle marchandise, ils n'en sont pas moins des produits, des marchandises soumis aux variations qui affectent tous les autres objèts. Par conséquent, la valeur de l'or et de ]'argent résulte, non du pouvoir libératoire que la loi leur confère, mais bien de leurs éléments intrin~êques de valeur, déterminés là comme ailleurs, par l'utilité et la rareté, l'offre et la demande. - Telle est la thèse des économistes purs, qui concluent de là qu'il n'est pas au pouvoir de la loi de maintenir la stabilité monétaire, la monnaie subissant toutes les fluctuations que la loi inéluctable de l'offre et de la demande fait éprouver à toute valeur. Théoriquement, la thèse économiste est vraie. Envisagée d'une fa~on abstraite, la valeur incorporée dans l'or et l'argent dépend bien des causes qui agissent sur les rnleurs des autres marchandises. En réalité, cependant, la loi a un pouvoir considérable pour maintenir ou affecter la stabilité monétaire. C'est ce que les anciens avaient pa,rfaitement compris. Aristote, clans sa Politique, dit qu'un changement de convention peut la déprécier complètement et la rendre tout à fait impropre à satisfaire aucun de nos besoins. > Le jurisconsulte Paulus, dans un langage plus scientifique qu'Aristote, dit que la monnaie .: tire son usage et sa puissance de payement, non de sa substance, mais de sa quantité. > (Dig,ste.j Isidore de Séville est encore pins précis: « Il y a, dit-il, trois choses essentielles dans la monnaie: la matière, la loi et la forme. En l'absenc.e de l'une d'elles, il n'y a plus de monnaie. » La loi est donc la source de la rnleur monétaire ... Sans doute, il ne suit pas de là, que la loi fixe d1une manière immuable le ponvoir libératoire absolu de la monnaie. Celle-ci achète les produits, et ses facultés d'achat peuvent ëtre diversement affectlles par la quantité offerte ou demandée sur le marché monétaire. Selon que l'instrument d'échange est rare ou abondant, sa puissance d'achat peut rnrier. Abondamment offert, sa puissance baisse, et bien que ce soit toujours un franc que l'acheteur donne au vendeur, la ,·aleur de ce foanc est plus ou moins grande, selon qu'a,·ec un franc j'ai un pain de 2 kilos ou de 2 kilos 500. Mais il est
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