La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

58 LA REYUE SOCIALISTE circonstances où nous vivons. Nous pouvons changer nos habitudes psychiques aussi bien que nos habitudes physiques, mais pour cela il nous faut un entrainement approprié, un véritable acclimatement : là est le secret de toute éducation physique et morale, comme de toute réforme intellectuelle, morale et sociale. Au lieu de nous obstiner à voir dans la vie la manifestation d'un principe surnaturel, avec la difficulté qui en résulte d'expliquer l'action de ce principe « vital immatériel » sur la matière physique de notre corps, et la corrélation constante entre notre évolution physique (biologique), organique et notre évolution psychique, n'est-il pas plus logique et plus conforme à l'expérience, d'analyser la vie elle-même et toutes ses manifestations, de rechercher les lois de son développement et de son évolution pour la comparer à l'évolution du reste de l'univers; en un mot, de la considérer comme faisant partie de l'univers et comme soumise également à des lois ? Au lieu de continuer à proclamer la différence essentielle entre le monde physique et le monde mer\tal, n'est-il pas plus simple de chercher dans le monde organique la transition, le trait-d'union entre la matière et l'esprit, puisque nous sommes obligés de reconnaître à chaque instant cette transition insensible du monde physique au monde mental. que nous offre si nettement notre organisme. L'étude du fait le plus simple de la sensation en est une preuve palpable: un corps physique, par son contact avec notre épiderme, nous provoque une douleur: que se passe-t-il? l'ébranlement mécanique est trans.- mis par un filet nerveux à la moëlle épinière et provoque par réflexe un mouvement de protection ou de défense; c'est là un simple mécanisme que nous pouvons considérer comme purement physique, car nous en réalisons de semblables dans nos machines, en particulier avec les moteurs à déclanchement, les sonneries électrique~, etc. Mais ce n·est pas tout. L'ébranlement nerveux n'est pas seulement conduit à la moëlle épinière, il est porté au cerveau, et là il est perçu sous forme de douleur; de plus, le rapport entre ce corps physique et la douleur qu'il provoque est enregistré dans le cerveau, sous forme d'idée et il suffira, non seulement de la vue de cet objet pour rappeler la propriét~ qu'il a de causer de la douleur, mais cette idée pourra se réveiller dans le cerveau soit par un des innombrables mécanismes de la mémoire, soit par un autre cor;>s tout à fait différent et provoquant une sensation de douleur qui rappellera la première douleur et fera établir une comparaiso:1 entre les deux corps et les deux douleurs. Nous pouvons même remarquer de suite que cette douleur physique pourra être rappelée par une douleur morale ou lui être comparée: Voilà donc bien le matériel devenant immatériel en engendrant le ma_tériel et réciproquement. Nous pourrions encore citer de nombreux exemples dans le même

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