DE L'ESPRIT NOUVEAU ET DE LA ?IIÉTIIODE SCIENTIFIQUE 57 le sensoriwn co11111w11e sous forme de perceptions conscientes (se11safi()ns et idéesconcrètes), tout comme nous avons conscience du monde interne, subjectif, par le -jeu de notre sensibilité interne dont les perceptions (idées concrètes et idées abstraites, générales, associations dïdées - comparaison d'idées, etc.) sont également enregistrées dans le sensorittm co11u11une et perçues sous forme d'états de conscience: senfillle11ts,idées, juge111e11cto, ncept, ù11agi11ation, etc.) Ce n'est pas une différence absolue, une différence essentielle qu'il faut voir entre l'esprit et la matière, mais une différence relative à notre mode de perception, à notre connaissance de l'esprit et de la 111atière,puisque, au contraire, nous leur trouvons un caractère de sensibilité (sensibilité sensorielle ou objective pour la matière, sensibilité interne, psychique ou subjective pour l'esprit) efque ce caractère commun est la condition mème de la possibilité de notre connaissance de l'un aussi bien que de l'autre. C'est pour avoir négligé ce caractère de sensibilité de notre mentalité que les philosophes n'ont pu établir le trait-d'union entre le monde physique. le inonde.organique et le monde moral, ni saisir le véritable caractère organique de notre co11sciC11ce. C'est précisément cette origi11eorga11iq11ec,ette 11aturephysiologique de notre conscieuce qui nous explique la difficulté à modifier une idée préconçue. Nous retrouvons là, à propos de notre intelligence ce que nous constatons journellement dans nos facultés ou aptitudes physiques: quand nous avons pris l'habitude d'exécuter un mouvement ou une série de mouvements d'une certaine façon, il nous devient très difficile de changer, de corriger notre contraction musculaire devenue inconsciente, purement r~t1exe : les professeurs d'escrime, par exemple, savent les difficultés parfois insurmontables qu'ils rencontrent chez des élèves << mal commencés », difficultés qui augmentent avec l'ancienneté de la mauvaise habitude. Eh bien, il en est absolument de mème pour notre intelligence, et les professeurs éprouvent continuellement des difficultés analogues chez des élèves « mal commencés»; de même, dans la vje courante, rien n'est plus difficile à changer qu'un esprit enfermé dans un cercle d'idées préconçues : il suffit à ce sujet de rappeler les obstinations et les aveuglements des discus5ions politiques. Enfin la confusion, l'erreur proviennent encore de la tendance que nous avons à considérer comme des réalités les abstractions de notre esr,rit, à en faire des entités; ce sont là des erreurs formatrices, structurales de notre entendement et leur persistance, leur tenacité, leur résistance à toute discussion et démonstration s'expliquent fort bien par leur véritable caractère organique: ce sont des habitudes intellectuelles, morales ou sociales héréditaires, éducationnelles ou vécues qui font partie de notre être psychique ou moral et aussi difficiles à modifier que nos habitudes de vie physiologique résultant du milieu ou des •
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