5ü LA REVUE SOCIALISTE ciens modernes admettent l'existence dans les espaces célestes comme dans les espaces interatomiques; bien plus, la physique moderne nous enseigne que tout n'est que mouvement : or le mouvement peut-il être considéré comme matériel? La chaleur, la lumière, l'électricité, le magnétisme circulant dans J'espace ne nous offrent rien qui réponde à l'idée ordinaire de la 111atérialité. Les images réelles qui se forment au foyer des miroirs concaves seront-elles considérées comme matérielles parce qu'elles sont formées par des rayons lumineux, ou comme immatérielles par ce qu'elles n'ont rien de réellement 111afériel, rien de po11dérable, n'étant au fond que du 111011ve111e11t? Quand nous voyons la physique et la chimie moderne nous amener à la notion des atomes, quand tous les faits physiques et chimiques nous obligent à admettre la réalité de particules infinitésimales de la matière, quand nous réfléchissons qu'une tète d'épingle, contient d'après les calculs de savants autorisés, un nombre tel d'atomes, qu'il faudrait 256.000 années pour arriver à les compter en supposant qu'on en détacherait un milliard par seconde; quand nous voyons ainsi se perdre dans l'imperceptible les éléments de ces corps physiques à la réalité desquels nous croyons si fermement, ne sentons-nous pas nos idées se perdre aussi dans l'indifférenciation dernière des choses et ne nous sentons-nous pas hésiter à affirmer encore que la 111atérialiN est quelque chose d'essentiellement différent des phénomènes du monde mental. La matérialité nons est connue par nos sens physiques ; la mentalité par nos sens intellectuels, voilà toute la différence: nous voyons, nous entendons, nous sentons ,< en dedans >', subjectivement, tout comme nous voyons, entendons et sentons en dehors objectivement ; mais qu'il s'agisse d'un corps physique ou d'une idée, qu'il s'agisse d'une sensation actuelle ou d'une sensation passée. d'un souvenir. jamais nous ne pouvons ni percevoir, ni connaitre, ni concevoir quoi que ce soit sans un caractère« sensible» qui nous permette de distinguer ce quelque chose de toute autre chose ou du néant. Dire à propos des esprits ou de nos idées que ce « caractère sensible » n'a rien de matériel, ce n'est, au fond, rien dire de plus que déclarer l'absence de la 111atérialitpéhysique dans ces esprits ou dans ces idées, mais ce n'est nullement proclamer l'absence de caractère de sensibilité i11ferne dans le fait de notre conception, puisque cette conception ne peut exister sans ce fait de sensat,011i11terne ou co11scie11fe. Sans doute une idée n'est pas une chose 111atérielfe dans le sens physique. mais c'est un fait de se11sibilitéinterne. Le travail de la pensée, l'existence de la mémoire ne saurait se comprendre sans cette seusibilité i11teme qui constitue la co11scie11cc par la réaction des idées et sensations les unes sur les autres. Nous avons conscience du monde extérieur ou objectif par le jeu de notre sensibilité sensorielle dont les impressions sont enregistrées dans
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