La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE L'ESPRIT NOUVEAU ET DEL.\. ::IIÊTIIODE SCIENTIFIQUE 5G entendit d'abord désigner la propriété générale, commune à tous les corps physiques de ,, tomber sous les sens », de pouvoir être mesurés (lllatralll, mesure, du radical ma, qui se mesure avec la main). On arrivait ainsi à diviser en deux grandes classes ou plutôt en deux mondes, le monde physique ou matériel et le monde mental ou moral, tout ce qui pouvait être l'objet de la connaissance humaine. Mais considérer une propriété commune à plusieurs corps, c'est considérer cette propriété en faisant abstraction les autres propriétés qui les différencient, afin de ne voir que celle qui les fait se ressembler; ici, c'est envisager les corps physiques uniquement dans leur relation avec nous par la propriété que nous leur attribuons de ,, tom ber sous n_os sens ». Celle-ci n'existe pas en réalité en dehors de nous ou plutôt en dehors dn fait de notre sensation. Pour s'en convaincre il suffit d'essayer de concevoir la matérialité en dehors de toute relation, en dehors de toute sensation : cela est tout à fait impossible, absolument comme il nous est impossible de concevoir une chose simple, seule, « en soi », sans aucune relation ou propriété qui permette de la différencier des autres choses ou du néant, qu'il s'agisse de la matière, de l'esprit_, de l'ètre, nous ne pouvons rien concevoir d'absolu, « en soi » car la matière ne peut ètre matière que par rapport à ce qui ne l'est pas, de mème pour l'~sprit, et l'ètre ne peut ètre sans quelqu'autre chose qui le distingue du néant. C'est pour avoir négligé cette simple notion de la relativité absolue, nécessaire de toute notre connaissance, que les métaphysiciens se sont perdus dans les brouillards éthérés de l'ètre et du non-être, de l'absolu et de l'infini, raisonnant sur des mots que chacun interprètait à sa façon, faisant en somme de simples combi-- naisons de mots. Un autre obstacle à faire admettre une donnée scientifique dans le domaine mental provient encore de la peur de la conséquence de cette idée scientifique sur des idées toutes faites qui constituent l'arche sainte à laquelle il ne faut pas toucher. Ce serait une illusion de croire qu'il n'y a que les esprits re)igieux à présenter cette particularité défensive: tous les esprits systématiques en sont là, et la foi en un système scientifique, bien différente de la foi scientifique est parfois tout aussi impénétrable à tout ce qui peut la contrecarrer que la « foi du charbonnier». Ainsi, par exemple, il serait tout aussi difficile de faire accepter à un matérialiste qu'à un spiritualiste le caractère purement fictif, conventionnel, abstrait de la prétendue différence essentielle entre la matière et l'esprit. Cependant si on veut bien se donner la peine de réduire par l'analyse les propriétés ~ites matériel/es à leur dernière limite, on est bien forcé de reconnaître qu'elles n'ont plus rien de« matériel» dans le sens où nous l'entendons, tels sont, par exemple, les atomes des corps et les molécules de l'éther, ce fluide impondérable dont tous les physi-

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