La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

594 LA REVUE SOCIALISTE EMILE ACOLLAS « Je voudrais essayer de dire quel fut cet homme,ce grand homme, que la foule a ignoré ; cette intelligence, une des plus vastes et des plus profonde de notre temps ; ce cœur tout débordant de sympathie et de dévouement pour les déshérités, et que la masse des déshérités n'a pas deviné; ce professeur incomparable qui enseignait la République en même temps que le Code ; cet apôtre souriant et doucen~ent ironique qui, dédaigneux des vanités humaines, enthousiaste du bien et du beau, bafouait, méprisait, détestait les égoïstes, les blasés, les sceptiques, et poussait le monde tant qu'il pouvait, par la parole, par le livre et par l'action, vers le Progrès, vers la Liberté, vers la Justice idéale. « Mais je suis obsédé par le lugubre drame qui s'est accompli dans ta maisonnette qu'il avait louée à Asnières. » C'est en ces termes que Sigismond Lacroix dans le 'R._adical du 1 7 octobre commentait la nouvelle de la mort foudroyante d'Emile Acollas. Un mystère plane sur ·cette mort ; accident ou suicide, disent les journaux, et, la indiscrétion d'un secrétaire de police aidant, on publie des brouillons de lettres pour conclure à un suicide par amour. Nous laisserons, nous, à la mort son secret, nous bornant à nous incliner avec douleur et respect devant la tombe si brusquement ouverte du jurisconsulte éminent, du penseur que la démocratie française vient de perdre. Cœur généreux et esprit altér~ de justice, Acollas ajoutait l'acte à la parole et il fut parmi les militants républicains, qui se levèrent <:ontre le second empire. Il disait au Congrès de la Paix organisé surtout

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