590 LA REVUE SOCIALISTE vous font pitié, jugez-les mieux. II faut que le savant ne cesse jamais de tàter les faits. Dès qu'il sent une solution de continuité. s'il est bonnète, il doit s'arrêter, revenir en arrière sans quitter des mains et de la loupe son objet, Je retravailler et ne le lâcher que finalement acquis et rattaché aux faits voisins, à la chaîne sans fin du connu. Ils cherchent et ne savent quoi. dit-on eh matière de moquerie. j'ajoute, et sans railler: ils ne savent pas ce qu'ils trouveront. Est-ce que ça les empêche de trouver quelque chose? Et vous, d'en faire votre profit? Si vous pouvez rêver - et les moquer - n'est-ce pas leur labeur qui vous en a donné les moyens et le loisir? Vous vous êtes rebuté des travaux de laboratoire. Je me l'explique fort bien. Couper un fragment de muscle en tranche d'un vingtième de millimètre, explorer ces tranches au microscope, à quoi bon, selon vous! Deviez-vous assez vous impatienter de cette besogne, qui ne procède pas des causalités et n'aboutit pas aux finalités, du moins directement! Et vos compagnons d'étude, devaient-ils vous inspirer assez de mépris, avec leur recherche mesquine dans !'infiniment petit !. .. Mais combien plus vous deviez les stupéfier, ces laborieux et ces patients en qui l'action a tué le rêve et pour qui tout tient en ceci : constater les formes de la matière organisée et noter leurs différences. - Je cherche l'àme, disiez-vous en tournant dist!·aitement la loupe entre vos doigts et l'œil perdu dans le vague d'une intérieure contemplation. - Nous ne conn.aissons pas encore le corps, répondaient-ils sans lever le ne.l de dessus la pièce anatomique. Pas moyen de s'entendre, ainsi. Oui, certes, cette recherche du fait matériel par une nécessaire division à l'infini du travail scientifique, cette analyse exclusive où s'oublie tout espoir de systématisation générale, tout souci de synthèse complexe, cela vous racornit le savant et vous fait placer cet observateur de l'infrniment petit, parmi les infiniment petits de la pensée. Involontairement, vous le comparez aux savants universels des temps passés. Je vous serais obligé, cepèndant, de tenir compte qu'il n'y a aucune comparaison à établir entre le savant de jadis et celui d'aujourd'hui. Savoir des mots était toute la science de jadis ; connaître des faits est toute la science d'aujourd'hui. - Pas de faits sans mots, pas de mots sans faits, direz-vous avec nos linguistes de l'école anthropologique. D'accord. Mais les mots de jadis, convenez-en, exprimaient des faits connus de dixième bouche et déformés d'autant. Songez quelles énormités scientifiques formulèrent Hérodote, Pline et même le positif Aristote. Savoir des quantités de mots constitue encore toute la science du Chinois. Connaitre peu de faits, mais les connaître par soi-même, c'est là toute la pauvre science moderne. Avez-vous remarqué que les primitifs, les femmes, les enfants apprennent plus rapidement les langues que les hommes cultivés? Cela tient peut-être à ce que ceux-ci pensent plus qu'ils ne parlent et que ceux-là, comme
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