La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

588 LA REVUE SOCIALISTE autres. L'action, c'est l'animal dévorant la plante, l'homme dévorant l'animal, l'homme dévorant l'homme. lis se soumettent en gémissant à cette nécessité organique, mais il leur est doux d'espérer, même contre tout espoir, un monde où la vie ne sera pas faite de la mort et où la souffrance sera inconnue. Les ordures de la chair les répugnent en leur aspiration d'immatérialité, et ils rêvent l'humain se complétant dans les denx sexes confondus; -- ce rêve est fou, antiphysique, soit; il ramène à la brute les plus faibles de ceux qui veulent s'éloigner de la bête, mais. n'est point en soi l'ignominie que vous avez qualifiée si cruement. Certes, quand on se contente des sporadiques parcelles de vérité que révèle la loupe patiente d'un chercheur idiotisé dans la contemplation de !'infiniment petit, on peut rire de ces hautes aspirations à l'idéal. Et. encore, peut-on sourire? Pour peu qu'on pense cela est impossible, et l'on est plutôt tenté de làcher la triste proie morte pour la vivante et magnifique ombre lumineuse, qu'il y a gloire à poursuivre sans cesse, füt-on certain de ne jamais l'atteindre. Rien, d'ailleurs, n'a si bien servi la science que la recherche éperdue de la vérité en dehors de tous moyens scientifiques. Sans vous rappeler que l'alchimie, en ses folles tentatives, a trouvé les voies de la chimie organique, qui est le grand œuvre du siècle, il m'est bien permis de vous montrer nos savants actuels occupés à classer les phénomènes suscités par les thaumaturges, les voyants, les guérisseurs du passé et du présent et à susciter à leur tour des phénomènes identiques dans leur clinique de la Salpêtrière et dans leur école de Nancy. Mais les savants ne se résignent que lorsque l'évidence leur crève les yeux, et contraints par la clameur publique. Au lieu de dire: « Voilà ce que nous savons, et voilà ce que nous ignorons», ils disent avec arrogance: « Tout ce qui dépasse notre connaissance, n'existe pas. )> Et à chaque instant des surgissements de phénomènes font voler en éclats le cadre scientifique. Car, enfin, qu'est-ce qu'ils savent? Jadis, un savant faisait tenir dans son cerveau toute la connaissance acquise jusqu'à lui. Essayez donc, aujourd'hui, de parler d'économie politique à un chimiste ou de biologie à un astronome. Comment voulez-vous dans ces conditions, qu'un de c~s prétendus savants se rende compte de l'utilité générale de sa partie de science ! Les positivistes affirment posséder cette synthèse des sciences, mais ils· ont si soigneusement banni de leur philosophie toute possibilité d'échappée vers l'idéal, qu'en dépit de leur théorique amour de l'humanité, les services rendus par eux sont minces pour ne pas dire nuls. En somme, la science a des lois, mais l'humanité n'a plus de principes. La religion se meurt de sa belle mort; la philo~ophie, lasse de reproduire inutilement sous vingt formes diverses les affirmations

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