La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE << découverts ou devinés d'avance sur les lèvres de celui qui les « expose. Les propositions positives sont l'affaire de chacun, l'esprit « seul est transmissible.» ( 1) N'est-ce pas là l'explication de ce fait d'observation courante qu'on n'apprend d'expérience qu'à ses propres dépens. L'expérience acquise et comprise ainsi, n'est-ce donc pas l'application empirique, inconsciente de l'esprit scientifique à la connaissance des lois de notre existence morale et sociale? La pratique de la vie finit toujours par nous amener à reconnaître la justesse et l'importance de ces lois. Pourquoi donc attendons-nous toujours les dures leçons de la pratique de la vie pour arriver à nous convaincre de la réalité de ces prescriptions morales, alors que nous suivons si docilement les enseignements des sciences physiques, par exemple? N'y a-t-il pas là une preuve de l'insuffisance de notre enseignement moral, reposant uniquement sur des affirmations hypothétiques, invérifiables, sans rapports constants avec les faits, sans cette connexion étroite des données scientifiques? N'est-ce pas, en mème temps, une preuve de la nécessité de donner à ces lois morales et sociales le mème caractère scientifique qu'aux lois physiques, de remplacer en un mot la foi sur parole par la foi scientifique? N'est-il pas plus logique de chercher l'obligation morale dans les lois mème de la vie. que de l'emprunter à un impératif catégorique quelconque? Faire du sens moral une des expressions de l'instinct de conservation individuelle ou de conservation de l'espèce, n'est-ce pas lui donner des racines plus profondes, plus solides, que d'en faire une expression du sentiment religieux, ou une idée innée? Travailler à vulgariser la notion de la solidarité morale ou sociale comme aussi nécessaire que la pureté de l'air ou la division du travail, montrer sa raison d'ètre dans les lois mèmes de la vie, est-ce donc faire œuvre dangereuse pour la société ? N'est-ce pas plutôt le vrai moyen de contribuer à la solution de la question sociale dont les sociétés modernes semblent menacées d'agoniser? Mais il ne suffit point de quelques affirmations scientifiques opposées aux anciennes affirmations ontologiques pour bien pénétrer les esprits de la notion de l'universalité du Déten11111is111e aussi bien dans le monde physique que dans le monde organique, dans le monde mental aussi bien que dans le monde social; il y a là un pas décisif à franchir, et tant qu'un esprit conservera au fond de lui-mème l'ombre d'une distinction essentielle, de ,wture, entre le physique et le moral, entre la matière et l'esprit, les notions scientifiques en sciences morales lui demeureront en réalité complètement étrangères. Or, sur quoi donc repose cette distinction essentielle entre l'esprit et la matiè1e? Sur une simple abstraction de notre esprit. Par le mot matière, en effet, on ( 1) Renan : De l'avenir de la Science, p. 56,

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