La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE L'ESPRIT NOUVEAU ET DE LA :\f.t;TIIODE SClEZ\TlFIQUE 53 une foule d'ètres humains et surtout qu·elle offre des diffùences et des variations individuelles si grandes et si essentiellement opposées qu'elle devient impossible à expliquer avec la théorie des idées innées, tandis qu'elle apparait clairement par l'étude comparative de l'évolution de la moralité à travers les âges et les races comme une résultante de notre développement organique, psychique et social. De plus l'analyse de la conscience morale et l'étude de ses origines comme de son développement nous montrent en..:ore mieux son caractère individuel, variable; enfin la constatation chez beaucoup d'animaux de faits de moralité tout à fait analogues aux notres vient achever de nous démontrer l'origine purement organique de la conscience morale ou moralité et sa relativité. Mais il ne faut pas se dissimuler les difficultés à faire saisir de pareilles démonstrations par des intelligences étrangères aux spéculations scientifiques, Ce n'est point, en effet, par des dissertations que l'on peut espérer inculquer l'esprit scientifique à qui n'a pas su ou pas pu l'acquérir, c'est par une éducation méthodique réglant l'acquisition des connaissances en allant du simple au composé, du connu à l'inconnu, .c'est en habituant l'esprit à saisir les rapports des choses et les lois des phénomènes dans leur universelle relativité, dans leur commun déter111i11is111e comme dans leur perpétuel deveuir; c'est en montrant par l'analyse l'extrême complexité du fait réputé le plus simple, c'est en recherchant l'enchainement des causes et des effets, c'est en faisant ressortir les analogies et les connexions des phénomènes psychiques, moraux et sociaux avec les phénomènes physiques, qu'on peut avoir l'espoir de vulgariser cet esprit scientifique sans lequel les belles conquètes de la science resteront lettre morte pour les masses qui se trou· veront ainsi désemparées au milieu du désarroi du monde des vieilles idées. Mais combien difficile et délicate est cette iducation scientifique qui demande de la part du maître une connaissance approfondie, non pas seulement de son sujet, mais du mécanisme de l'intelligence de ses élèves, un tact d'une sensibilité. exquise lui pel'l11etttant de deviner la difficulté qui ::irrête la compréhension d'une relation, d'~ne nuance et qui, négligée, va précipiter une intelligence dans l'ornière commune de la routine et de la foi sur la parole du maître. « Quand je veux initier de jeunes esprits à la philosophie, dit « Renan, je ne cherche pas à prouver, mais j'insinue un esprit, une {< manière, un tout ; puis, quand je leur ai inoculé ce sens nouveau, 1( je les laisse chercher à leur guise et se bâtir leur temple suivant {< leur propre style. Là commence l'originalité individuelle qu'il faut {< souverainement respecter. Les résultats positifs ne s'enseignent pas, « ne s'imposent pas ; ils n'ont aucune valeur s'ils sont transmis et ,< acceptés de mémoire. li faut y avoir été conduit, il faut les avoir

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