52 LA REVVE SOCIATISTE suffisant de les énoncer, mais pour s'y arrêter et pour en tirer un enseignement il faut un esprit philosophique. Nous reviendrons sur ce point capital aussi bien pour notre mentalité que pour notre moralité,à propos des orio-ines oroa11iq11es de la Conscience. 0 b L'esprit scientifique a encore un ennemi sérieux dans le bo11sens, dans le sensco11111w11, dans I' Evidence. Quand un esprit, même cultivé, enfourche ce dada pour faire front à une théorie ou même à un fait scientifique, il n'y a qu'à renoncer à la lutte, le combattre est aussi mutile que de combattre l'esprit scolastique. Loin de nous, bien entendu, 1'111tentionde vouloir rejeter les données du bons sens et les faits d'évidence, mais il ne faut pas non plus les laisser envahir ni empiéter sur le terrain scientifique, car cet esprit, « du bon sens » n'admet ni contrôle, ni preuve, ni démonstration, ce qui est le contraire de l'esprit scientifique. Sans doute, il est une foule de phénomènes où la constatation de révidence suffit et où elle est le seul mode de perception comme de démonstration ; mais ce que nous voulons bien faire entendre et accepter, c'est que, là où la science peut faire la preuve et la contre épreuve d'une relation de cause à effet, différente de ce qu'indiquent le bon sens et l'évidence, il faut s'incliner devant la science. Ainsi, que d'exemples ne pourrions-nous pas donner où l'évidence de l'adage: « post boc, e1:goproptcr boc », semble en rapport avec le fait de causalité universeüe, alors qu'une observation plus rigoureuse a permis d'établir une relation toute autre. Nous devons même ajouter de suite à ce sujet qu'il en est de même pour les théories ou démonstrations scientifiques qui doivent toujours être considérées comme relatives à nos connaissances du moment, mais sont susceptibles de recevoir une interprétation, une démonstration différente à la suite de nouveaux progrès. C'est ainsi que« l'horreur du vide » pouvait sembler la cause évidente de la pénétration de l'eau dans un corps de pompe où on avait fait le vide, tandis que la connaissance raisonnée du poids de l'air et la notion de l'universalité de la pesanteur nous donnent une démonstration scientifique très différente de la première interprétation malgré sa prétendue << évidence >>. Il faut se défier des preuves « de bon <:ens. de sens commun>~; il faut se garder de se laisser entrainer par les paradoxes de cet ordre faciles et fréquents surtout en sciences morales et sociales. N'est-ce pas, en effet, un argument favori des moralistes métaphysiciens dïnvoquer l'universalité de certains faits de conscience, par exemple des idées du devoir, du bie11, du j11s!c, etc., pour prouver leur ù,néité, leur caractère absnl11, obligatoire? C'est bien là une vérité de<( bon sens, de sens commun»: malheureusement cette universalité de la conscience morale sur laquelle on s'appuie ainsi par un artifice d'abstraction, n'est ni aussi simple, ni aussi réelle qu'on veut bien le dire : l'observation montre, en effet, que la conscience morale ne peut être ni constatée ni admise chez
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