La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

556 LA REVUE SOCIALISTE jusqu'au bout, et leur intempérance sera cause de l'inefficacité de l;-1réforme. La majoration votée par la Chambre des députés est, en effet, une véritable révolution, et non une évolution, comme se plaîL à le dire M. Méline. Elle représente sur les tarifa en Yigueur, convehlionnel ou général, une augmentation de 40 ou de 70 ¾, suivant qu'on appliquera le tarif minimum ou le tarif maximum du nouveau régime; elle va, pour certains articles, jusqu'à 500 ou 600 ¾; pour d'autras elle est de la moil ié, des deux tiers·, de l'intégralité même du prix d'achat. Un pareil changement apportera un trouble profond dans les rapports économiques à l'intérieur et à l'extérieur, enrichir les uns aux dépens des autres, pèsera lourdement sur les consommateurs. et particulièrement sur les plus int8ressants de tous, les salariés, par la diminution de la main-d'œuvre. Pour savoir quelle peut être l'influence des droits protectems sur la consommation et sur le travail, on n'a qu'à consulter les proleclionniste::. eux-mêmes. M. Paul Deschanel, par· t>xemple, cite l'opinion suivante de M. Gladstone, exprimée en 1860 à propos du libre-échange: « Prenez les grands changements qui ont eu lieu dans la législation des céréales. li n'est pas certain que vous ayez donné aux classes ouvrières du pain à meilleur marché. Il est peut-être un peu moins cher qu'autrefois, mais ce ch~ngement a comparativement peu d'importance. Vous avez suscité un commerce d'importation régulier dE' près de 1o millions de livres sterling par an. Au moyen de ce commerce, vous avez créé une demande correspondante des articles que produisent les classes ouvrières. » Cette théorie du grand homme d'Etat anglais établit que l'importation des objets d'alimentation stimule l'exportation des produits manufacturés, que la prospérité des classes ouvrières dépend d'un régime qui favorise les échangE>s avec l'étranger. C'est l'évidence même; mais il n'est pas inutile de noter que tout le monde est d'accord sur ce point et que dans un moment de sincérité un orateur protectionniste n'a pu s'empêcher de faire l'éloge du libre-échange. Voici un autre partisan de la protection, celui qui, après M. Méline, a montré le plus d'âpreté dans celle campagne, faite au nom du capital: il aboutit à la même conclusion que M. Deschanel. « L'impôt sur les matières premières, dit M. Viger, aurait pour effet, en augmentant les prix de revient, de diminuer la vente. Quant il s'agit d'un produit qui n'est pas absolument nécessaire à l'existence journalière, une augmentation de prix de 5 à 6 ¾ la fait baisser de 25 à 30 ½. » Or, ce n'est pas de 5 ½, mais de 100 ¾ quelquefois, que les prix de revient se trouveront augmentés.»

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