DE L1ESPRlT NOUVEAU ET DE LA MÉTHODE SCIE~TIFIQUE 51 morales, s'appelle encore l'esprit critique. Toutefois il faut bien prendre garde que beaucoup de criticistes modernes et même contemporains ne .sont en réalité quedes métaphysiciens. Leur criticisme se réduit en effet trop souvent à des discussions de mots, à des dissertations sur des a priori. Le véritable esprit critique, ou mieux l'esprit philosophique, sait, derrière les mots, aller chercher les faits; ce qui le caractérise, c'est précisément cette aptitude à saisir des analogies éloignées, cette facilité à trouver des rapprochements entre lesidees et lesfaits d'où jaillit fa lumière de la démonstration, c'est l'esprit inventif transporté dans les spéculations intellectuelles. $'agit-il par exemple, d'expliquer la perfectibilité si extraordinaire de nos facultés intellectuelles par un exercice, par une culture appropriée ! Le métaphysicien, avec ses facultés innées, avec ses idées absolues, sera fort embarrassé pour rendre compte de ce développement progressif de ce qu'il affirme exister d'emblée chez l'enfant. Pourquoi, par exemple, l'esprit d'un sauvage est-il moins ou vert at!X idées générales, à la compréhension des choses, que l'esprit d'un de nos enfants? Pourquoi l'esprit de ce dernier se développera-t-il si rapidement tandis que l'autre s'arrêtera presque fatalement à un certain degré? Là où un esprit métaphysique cherchera une foule d'explications qui n'expliqu.ent rien, un esprit scientifique analysera le fait de la connaissance, cherchera les lois de son développement, montrera l'influence de l'hérédité, arrivera. en un mot, à constater que le développement intellectuel est soumis à des lois analogues à celles du développement organique. Un esprit philosophique ira plus loin encore et comparera le développement des facultés intellectuelles à celui des facultés physiques, en saisira le parallélisme, et montrera l'analogie de leur mode de perfectionnement par l'exercice, par un entraînement approprié. Nous voyons tous les jours les équilibristes, les prestidigitateurs acquérir des aptitudes surprenantes, de même que nous voyons les peintres imiter la nature, les musiciens nous ravir, les poètes 'nous communiquer leurs rèves et leurs émotions, les orateurs .nous entrainer, les savants nous éclairer. Tous se sont exercés, entrainés; tous ont donné à leur organe l'habitude, l'adresse qui rendent leurs actions musculaires ou leurs opérations intellectuelles, faciles, rapides, régulières, au point qu'elles finissent souvent par se faire inconsciemment : attaquez un escrimeur à l'improviste, il ripostera instinctivement par une parade aussi régulière que dans une salle d'armes ; faites une question à un orateur emporté par le feu de son improvisation, il. répondra par un mot sans perdre le fil de spn raisonnement ; adressez-vous à un savant, il vous donnera une solution juste sans avoir conscience du travail intellectuel nécessaire pour arriver à résoudre le problème proposé. Ce sont là de véritables reflexes intellectuels tout à fait identiques aux reflexes phisiolog1ques, organiques. Pour comprendre ces analogies, il peut paraitre
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