LES NOUVEAUX TARIFS DOUANIERS 553 salaire::;, et c'est du régime contraire qu'on veut obtenir une nouvelle augmentation. La p1·otection ou le libre-échange n'ont, en réalité, aucune influence sur le salaire qui ne dépend ni de l'une ni de l'autre: Une réforme douanière peut momentanément faire hausser ou baisser le prix de la main-d'œuvre ùans certaines industries, en activant ou en ralentissant leur production d'une manière artificielle; mais l'équilibre ne tarde pas à se rétablir; le capital reprend son action prépondérante, et le travail ne r-esse pas de lui être subordonné. Et il en sera de même tant qu'on n'aura pas établi entre ces deux facteurs des rapports différents de ceux qui résullent fatalement de notre organisation sociale. Les protectionnistes semblent ignorer le baba du socialisme. C'est d'autant plus étonnant qu'ils prétendent ne travailler que pour les ouvriers industriels ou agricoles. Mais on ne peut expliquer autrement, qu'ils commettent l'erreur de croire que, le salaire est compressible. Il l'est si peu qu'eux-mêmes constatent qu'il s'est accru de 50 ¾ dans une période qu'ils impµosent désavantageuse pour le commerce, tandis qu'il aurait dû s'abaisser, si leur raisonnement était bon. La suppression des traités de commerce et la guerre des tarifs n'auront guère plus d'influence à l'avenir: le taux du salaire restera fixé par le prix des objets de première nécessité; il ne peut descendre audessous de la somme qui représente la nouniture quotidienne de l'o uvrï,er el de sa famille. Les causes du relèvement du salaire sont absolumeet indépendantes du régime économique: c'est, d'une part, le renchérissement de la vie ou la diminution de la valeur de l'argent; d'autre part, le développement des besoins, conséquence directe de ce qu'on appelle la civilisation ou le progrès. En fait, si l'ouvrier d'aujourd'hui a plus d.e besoins qu'autrefois, il éprouve plus de rlifficul tés à les satisfaire, et s'il touche un meilleur sa laire, les droits de consommation qu'il acquitte sont tous les jou1·s plus élevés. Or, il ne faut pas perdre de vue que les contributions indirectes sous toutes formes, droits de douanes, droits d'octroi, droits de circulation et de vente sur les liquides, forment les deux tiers ou les trois quarts des impôts ; chaque fois qu'on augmente les dépenses de. 100 millions, par exemple, en les répartissant entre les deux grandes catégories d'impôts dans les proportions ci-dessus, la richesse acquise paye 25 millions, et la consommation, c'est-à-dire surtout ceux qui ne possèdent pas, paye 75 millions. Nous verrons plus loin que M. Méline, dans son beau zèle pour les ouvriers, les gratifie de surtaxes, qui à Paris vont jusqa'à 50 francs par an pour les seuls objets d'alimentation.
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