La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

546 LA REVUE SOCIALISTE manqué aux 'fa bites de la Perse. Mais il a fait complètement défaut, par une exception rare, à la croyance des Mormons, ce qui ne l'a pas empêché de se propager avec une étonnante rapidilé. Son révélateur, qui eut l'idée de travestir en 1827 en livre sacré un fastidieux roman inédit, tombé par hasard dans ses mains, laissait à sa mort, survenue en 18-14, près de soixante mille disciples, dont le nombre a doublé, s'il n'a triplé depuis cette époque. Plus de cent mille habitent aujourd'hui le Utah, mais ceux qui sont dispersés, dans les autres parties de l'Union, en Angleterre et en Scandinavie, montent à un chiffre qui n'est pas facile de déterminer. Ainsi en 1853, il m'arriva de tomber, à Manchester, sur un journal des « Saints des derniers jours )), répandu seulement parmi les adh&rents de la secte dans la Grande-Bretagne, et j'appris, non sans surprise que cette feuille se débitait à vingt mille exemplaires. La contagion ne s'étendait pas seulement aux villes manufacturières: j'eus l'occasion encore de constater l'existence d'une chapelle de Mormons à Brigton, ville de luxe et de plaü:ir où les prédicateurs de la doctrine avaient été d"abord accueillis par les risées de la foule et comptaient, bientot après, quelques centaines de convertis. Plusieurs causes expliquent les succès du Mormonisme. Au point de vue dogmatique, c'est une religion qui :;'adapte à l'intelligence rudimentaire de la masse de ses adhérents. Un Dieu soumis aux fonctions de la vie humaine, loin de révolter les esprits incultes, est plus facilement admis par eux qu·un Dien compliqué, {:théré, insaisissable tel qu'il ressortdn christianisme trinitaire et platonicien, établi par les conciles. Joe Smith et son successeur ne craignent pas de le dire: Dieu ùoit, Dieu mange, Dieu dort et ils lai ·sent même ù attendre que Dieu cède à d"autres besoins de la nature animale, y compris celui de la procréation. De plus, cet Etre est sans cesse préoccupé àe notre terre et con verse familièrement avec ses favoris : par leur in tcrmédiaire, il transmet ses ordres à un peuple élu, avec lequel tout.es les nations sont appelées à s'unir sur le sol de l'Amérique, où doit s'élever la nouvelle Jérusalem. Là, Dieu ne tardera pas à descendre, dans sa gloire et sa majesté et comme autrefois, d'après la Génèse, il se promenait dans l'Eùen, il vivra, en chair et en os, avec ceux quî se seront rassem 1 )lés pour attendre l'évènement dont l'heure peut sonner d'un moment à l'autre. La fin prochaine du monde hante l'imagination ùes sectes piétistes de notre siècle. Elle est quelquefois annoncée à date tixe, d'après rle saYants calculs, faits sur l'Apocalypse, et ne manque jamais de trou ver un certain nombre de crédules ardents. Un clergyman, fort connu, publia, pendant un de mes St'jours

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