CABET ET LES ICARIENS 545 lni ferait connaître plus tard la véritable destination, - en réalité encore ignorée, disait-il. En attendant, il habitait conjugalement une maison de bois, assez spacieuse, où il louait des chambres et donnait à manger, comme nn simple aubl-lrgiste. La Mansion-li.ouse, comme on l'appelle, est aujourd'hui, ainsi qu'à son origine, le principal h6tel de la ville. et j'y fus reçu, à deux reprises par la veuve du révélateur qui en a gardé la propriété. Madame Joe Smith, à ma première entrevue paraissait avoir 35 ans. Ses traits étaient réguliers et expressifs. Elle avait de la grâce dans la démarche, de la douceur dans la voix et un regard tendre qui réclamait un nouvel hymen_. Aussi ne fus-je pas étonné de la retrouver à mon retour, remariée avec Baderman, capitaine de la marine marchande de Mississipi. Passée la quarantaine, elle plaisait encore et George IV l'aurait trouvée à son grf'.!,car elle était fat, fair and ('orty (grasse, blonde et mure.) Il dépendait d'elle de se donner une plus brillante position sociale. Brigham Young, dans des vues politiques, en aurait volontiers fait sa principale femme spirituelle, avec le titre de Reine - et aujourd'hui, elle tronerait dans le Utah en déesse ou en Madone. Mais elle repoussa, sans lutte intérieure, cette perspective d'opulence et de grandeur. Jamais elle n'avait cru aux visions religieuses de Joe Smith et les avait prises en horreur du jour où elle avait vu poindre le dogme de la polygamie. Elle m'exprimait énergiquement son opinion sur les Mormons en me disant qu'ils n'ftaient qu'une bande de mauvais droles. - « 'l'ous sans exception? >> - eus-je l'indiscrétion dP-lui demander: - « Tous, » répondit-elle sans hésiter, et Joe Smith luimème, corrompu par Brigham Young sur la fin de ses jours, n'aurait pas bientot mieux valu que le autres. Ils YOudraient bien m'avoir au Lac Salé. J'ai refusé avec mépris toutes leurs offres et pour moi et pour mes deux fils, que j'aimerais plutôt voir mourir de faim que marcher sur les traces de lenr vère et vivre au milieu des cc Saints des derniers jours». Cette conversation avait lieu en 1855. Les derniers des Mormons retardataires que j'avais encore trouvés en 1847, étaient depuis longtemps allé rejoindre leurs correligionnaires. Mais la mère de Joe Smith. femme octogénaire, avait préféré rester avec sa bru dont elle partageait les sentiments, à eu croire l'a"veufait par elle-même en ma présence. La plupart des religions ont eu, dès leur berceau, comme· celles de Jésus et de Mahomet, l'approbation des femmes dont l'enthousiasme est contagieux. Cet avantage n'a pas même 35
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