La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

50 LA REVUE SOCIALISTE extérieurs de « tomber sous nos sens »; nous disons du monde extérieur ou objectif qu'il est matériel, pour le distinguer de tout ce qui n'est pas lui, de tout ce qui nf! << tombe pas sous nos sens physiques)>; mais nousn·e pouvons pas plus savoir ce qu'estla«Matière en soi»que « !'Esprit en soi>}. Aussi, commencer par affirmer l'existence de la matière« en soi » et disserter ensuite sur ses attributs est tout aussi peu scientifique que de poser en principe l'existence de !'Esprit comme la Substance et la Cause de tout. Il ne faut pas absolument confondre la métaphysique avec l'esprit ou la méthode métaphysique. La métaphysique, en effet, comme son étymologie l'indique, a été la connaissance des choses abstraites de la pensée humaine; c'est encore dans ce sens que nous la voyons défendre de nos jours. L'esprit métaphysique consiste essentiellement dans la méthode a priori,dans la« prédominance de l'idée sur les faits» dans l'affirmat-ion de la réalité de nos conceptions a priori ou abstraites (O,dologie d\Arisbtc et des scolastiques), dans la croyance à l' Absolu, et à la « possibilité d'atteindre à la Vérité absolue, >)dans la foi au rapport d'identité et <:lerelation nécessaires entre nos conceptions et les choses. Tout différent est l'esrrit philosophique qui consiste surtout à penser les choses, c'est-à-dire à les embrasser dans leur ènsemble, à en saisir les rapprochements médiats ou indirects, à sentir les nuances comme la physionomie des choses ; l'esprit philosophique est la conséquence d'un entraînement spécial de l'intelligence par l'habitude de compa~er les résultats de l'observation, les procédés de la recherche, d'où résulte une force de pénétration du sens des choses nommée Intuition. C'est une sensibilité intellectuelle permettant à la raison d'acquérir une finesse d'aperçu, une facilité et une étendue de conception qui rappelle dans le domaine purem::nt intellectuel la sensibilité exquise, le pouvoir d'adaptation et la puissance de perception si extraordinaires que peuvent atteindre nos sens et nos facultés physiques par un bon entrainement approprié. Aussi, loin de médire de l'esprit philosophique, faut-il le considérer comme un auxiliaire puissant de l'esprit scientifique : c'est à lui, en somme, que les sciences sont redevables des grandes découvertes de Galilée, de Newton et de tant d'autres: L'esprit philosophique est bien différent de l'esprit métaphysique ou scolastique; il est le couronnement de l'esprit scientifique: c'est l'esprit philosophique arrivé à complet développement, maître de lui-même et prenant de l'initiative. L'esprit philosophique donne l'idée, l'hypothèse, en présence d'un fait d'observation. provoque !'Expérimentation, c'est à-dire la recherche de la confirmation ou de l'infirmation de l'hypothèse. par le fait; l'esprit scientiÏlque dirige les recherches et, par la rigueur de sa méthode, établit la valeur de l'hypothèse. En un mot l'esprit scientifique sent les choses, les pense et les interroge : l'esprit scientifique examine, vérifie, constate les idées de l'esprit philosophique, et, appliqué aux sciences

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