La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE nicrs? Je posai la question à mon guide - la porte-clef du temple. « I clo1i't 1-inow. )> Je n'en sais rien, me répondit ce rdormon, remarquable par ses cheveux d'un blond clair et ses yenx où se reflétait le pàle azur d'nn ciel septentrional. Il ajouta quïl arrivaiL de la Suède, ne comprenait encore l'anglais qu'ù moitié et que ses fonctions se bornaient à ouvrir les portes aux Yisitcurs et non cl leur fournir des explications. Le toit était en terrasse et portait une tour en bois maigre et mesquine; ce qui jurait avec la solidité vigoureuse du reste de cc bùLimcnt, tout entier en briques, en pierre de taille et mème en marbre. On aurait dit le clocher d'une église de village perchée sur un palais. Mais cette superfétation me parut excusasable, quand arl'ivé au sommet culminant, j'eus par un beau soleil la jouissance d'une vue merveilleuse. A mes pieds se déroulait, dans la plaine, la ville de Nauvoo, gracieuse mais non belle, comme l'avait voulu désigner, dans son hébreu, le soi-disant polyglotte Joe Smith. Des prairies éblouissantes de vcrdurn et de fleurs, formaient des tapis d'une richesse oriontale mais ayant par leur douces ondulations un caractère qui n 'appartient q11'a11nonvèau monde. Et plus loin le Mississipi, large et fü•r, comme un gigantesque boa, se pliait et repliait gracieusement snr lui-mèmo, de manière cl donner cl ses rives les contours le pins inattendus. La fantaisie architecturale du Prophète avait coûté une somme do quatre cent mille dollars. On cherchait à la vendre pour cent cinquante mille. Les jésnites songeaient à y établir un collège et tùchaient d'obtouir une diminution de prix. Un spéculateur leur faisaiL concurrence pour transformer le temple en fabriqur. Les pourparlers aüraient pu durer longtemps sans la catastrophr qui devait su1·,·onir un an plus tard et permettre ù des communistes français de devenir les acquéreurs d'une propriété mise subitement à la portée de leurs modiques moyens.- Au bas do la ville, il y avait un curieux. vestige de la grandeur du mormonisme naissant : C'était u no vaste maison inachevée, contenant une quantité d'appartements isolés et surnommée le pal::tis dos Reines. D'après la version admise, elle dovail servir de demeure aux femmes spirituelles; (spiritual icives) des principaux. directeurs de la secte. Madame Joe Smith voyait ayec inquiétude s'entasser les briques de ce harem et fit, dil-on, plus d'une querelle de ménage, à cc sujet, an propl1ète, son époux. Mais celui-ci s'empressait de nier les idées de polygamie que, Brigham Young réalisa après sa mort, - et se contentait do répondre qu'il obéissait a. un message céleste en érigeant c2 palais dont un nouveau m~ssago, de même nature',

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