CABET ET LES ICARIEN'S 543 Les colonnes du fronton étaient dans le goût égyptien, ~yant pour chapiteaux des tètes féminines entourées d'auréoles et reproduisant uniformément la même image, calquée sur la déesse Athor. Une vaste salle souterraine, où j'entrai d'abord, était à peine éclairée par d'étroites ouvertures et son aspect froid et lugubre inspirait une religieuse terreur. Là se trouvait une immense cuve soutenue par douze taureaux de grandeur naturelle, aux cornes dorées et pieusement agenouillés, le tout en pierre calcaire, produisait un effet artistique et dénotait un ciseau expérimenté. Dans cette cuve les néophytes, vêtus de robes blanches, se plongeaient tout le corps pour recevoir le baptèrne. Au-dessus de la piscine dont le rôle semble avoir été d'une grande importance dans les initiations, était une salle d·une nudité complète, sans aucune ornementation sculpturale, mais inondée de lumière. Elle servait à l'office religieux et ne différait des églises protestantes les plus simples que par la singulière particularité de posséder deux chaires élevées, au lieu d'une seule chaire d'une altitude modérée. Dans chacune se plaçait un officiant et le sermon se déroulait en forme de dialogue. Les rôles, comme on le comprend, étaient répartis d'avance. L'un des compères présentait des argumP-nts spécieux contre la do,!- trine de Joe Smith, et l'autre le réfutait de manière à le confondre, à la grande satisfaction· de l'auditoire. L'esprit américain, amoureux de discussion ·se montrait dans cette manière, en apparence franche et dégagée, de propager un culte nouveau, comme s'il s'agissait d'une mesure politique à faire prévaloir devant un 111,eeting. Les apôtres mormons recherchaient plutôt qu'ils n'évitaient les comparaisons triviales et même les grossières plaisanteries. Sous ce rapport, Brigham Young jouissait d'une réputation bien acquise et sa facilité de se mettre à la portée des intelligences rustiques lui a valu plus d"adhérents et de fanatiques, qu'il n'aurait su en conquérir par une éloquence de meilleur aloi. Au-dessus de réglise, restée inachevée, une quatrième et dernière salle, plus petite, occupait le troisième étage de l'édifice. Presque. aussi sombre que le baptistère et basse de plafond, elle invitait au recueillement et s'appelait la salle du Concile. Là, les meneurs de la secte, loin des yeux et des oreilles de leur troupeau, tenaient leurs conciliabules secrets et là les augures auraient pu rire à leur aise, si la méfiance mutuelle et l'hypocrisie de convention pouvaient disparaître un moment d'une assemblée d'augures. Une double rangée de cellules ne recevant le jour que par de petites lucarnes, s'ouvrait sur la salle du Concile, Dans quel but avaient ét,é faits ce~ réduits imités du. pénitentiaire de Philadelphie? Etait-ce pour recevoir des prison-
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