La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

5-12 LA REVUE SOCIALISTE ment constitué, est la meilleure sauvegarde de la liberté. comme l'a prouvée l'histoire de l'Amérique, tandis qu'une Chambre unique risque toujours d'être écrasée par un usurpateur ou d'usurper elle-même une monstrueuse dictature. Mais ce qui plàne au-dessus des constitutions locales et de la constitution fédérale, c'est l'amendement ajouté à cet_te dernière et s'appliquant à toutes, qui défend de légiférer sur la liberté religieuse, sur la liberté de la presse et sur la liberté de réunion. Ainsi les droits de l'homme et du citoyen sont mis à l"abri de toute atteinte. Une majorité de hasard n'oserait y porter la main, car une cour de justice suprême, comme l'indique son nom, est là, - siégeant à Washington - pour déclarer de nulle yaleur toute mesure contraire aux libertés nécessaires et reconnue comme inhérentes à la nature humaine. Voilà la clause où se manifeste la profonde sagesse des fondateurs de l'indépendance américaine et leur incontestable supériorité politique sur les pères de la révolution française qui ne comprirent pas (le reproche s'adresse surtout à l'école jacobine) comme ne comprennent pas encore leur fils, que tout n'est pas permis à la représentation natiouale, même au nom du salut public: pompeux et spérieux prétexte de toutes les injustices et de toutes les tyrannies. C'est pour n'avoir pas mis une borne négative à l'importance de ses mandataires, que la France se perd dans des abstractions puériles et funestes à la recherche du meilleur ordre social. Cet ordre existe aux Etats-Unis, car la liberté avec ses multiples manifestations, est comme une arche sainte à laquelle n'osent toucher ni les législatures particulières, ni le congrès général siégeant à ·washington. Et si l'on remonte à l'origine de cette différence, elle émane de ce respect de la conscience humaine que le protestantisme portait dans son sein et qui s'est traduit par la séparation des églises et de l'Etat. II LA VILLE DE JoE SMITH ET DE CABET Nauvoo, avec son célèbre temple des Mormons, m'avait fait une vive impression en 1847.Vue du Mississipi, par où j'arrivais, cette première Jérusalem de Saint des derniers jours s'offrait à une lieue de distance, comme une apparition de l'Orient.

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