La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

DE L'ESPRIT NOUVEAU ET DE LA MÉTHODE SCIEXTIFIQUE 1û surmonter pour dresser des animaux, pour faire des chiens savants. II faut avoir observé souvent ces particularités, il faut avoir médité sur l'enseignement qui en découle pour se faire une idée de la lenteur du développement intellectuel de l'humanité à travers les âges et de l'obstacle au progrès résultant des habitudes intellectuelles une fois adoptées et entretenues, tant par la routine et les circonstances que par la sollicitude intéressée des conducteurs de peuples. Un des premiers et des plus grands obstacles au développement de l'esprit d'observation, qui est la première manière de l'esprit scientifique, fut certainement l'anthropomorphisme grossier des premiers âges: substituer partout et en ,tout des Etres fantac;tiques aux Forces de la Nature, n'était-ce pas fermer par là même et pour longtemps la voie à toute recherche, à toute découverte d'autre explication. Quel besoin en effet de chercher la relation de cause à effet, le mécanisme d'un phénomène quelconque, du moment où on le croit sous la dépendance d'une volonté libre, c'est-à-dire capricieuse ? Aussi voyons-nous encore de nos jours l'esprit religieux, en sa qualité de premier-né, demeurer le plus rebelle, le plus impénétrable à toute notion scientifique. Peut-être sa résistance n'est-elle, au fond, que la manifestation du plus vivace de tous les instincts, l'instinct de la conservation. Non moins dangereux ni moins stérilisant fut l'esprit métaphysique qu'il ne faut pas confondre avec l'esprit philosophique. Sans vouloir dire avec Voltaire que l'esprit métaphysique est celui qui ne se comprend pas lui-même, sans chercher à l'atteindre par le côté ridicule qu'il finit par prendre aux beaux jours de la scolastique, il est permis, l'histoire en mains, de proclamer son impuissance absolue à rien produire de viable. Si, en effet, nous mettons de côté des rencontres heureuses de mots dont on a voulu faire le berceau de quelques-unes des grandes découvertes ou idées modernes, nous pouvons parfaitement déclarer que la métaphysique avait donné dès le début chez les anciens tout ce qu'elle pouvait donner; les philosophes n'ont fait depuis que piétiner sur place sans pouvoir ~boutir à rien produire de réellement neuf (nil novi sub sole). Ce qu'il faut bien remarquer en effet, c'est que cet esprit métaphysique est la caractéristique générale, commune à toutes les anciennes philornphies, qu'elles soient spiritualistes, matérialistes ou sensualistes (idéalistes): ce serait une erreur d'accorder un caractère scientifique à ces philosophies. C'est surtout à l'égard du matérialisme qu'il est utile de faire cette remarque, car aucune philosophie n'a eu plus de prétention scientifique et ne s'est davantage proclamée non métaphysique, tout en partant du principe fondamental « que la 111atièreexiste réellement, nécessai'rement, éternellement et est la snbstance de tout ». Or la« Matière» n'est qu'une abstraction de notre esprit; ce n'est qu'un mot destiné à désigner la propriété commune à tous les corps ~

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